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L’Ecosse, vers l’indépendance ?*Julien Fruchard

« L’Ecosse devrait-elle être un pays indépendant? ». C’est la question qui sera posée aux 4,1 millions de votants le 18 Septembre prochain au cours d’un référendum historique.
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   Le 15 octobre 2012, le premier ministre écossais Alex Salmond et le Premier ministre du Royaume-Uni, David Cameron, ont signé l'Accord d'Édimbourg, dans lequel un référendum fut planifié. Est alors convenu qu’une seule question soit posée, en laissant de côté la question de l'élargissement des pouvoirs des autorités écossaises et en acceptant de baisser la limite d'âge pour voter à 16 ans. 

   L’indépendance permettrait de révoquer les pouvoirs que le Parlement de Westminster détient qui lui accordent d’ établir des lois relatives à l’Ecosse, ce qui mettrait fin à l’Acte d’Union signé en 1707 qui réunit l’Ecosse et l’Angleterre, en attribuant au nouveau pays une reconnaissance internationale propre et  surtout légale.

   Alors que les écossais se préparent à voter pour le référendum qui aura lieu dans un peu moins d’un mois, s’est tenu le lundi 25 août le second débat dans lequel se sont affrontés le Premier Ministre écossais Alex Salmond et Alistair Darling, leader de la campagne « Better Together » en faveur au non à l’indépendance. 

   Le 4 aout, lors de la première rencontre, seulement télévisée en Ecosse, les deux hommes ont pu chacun démontrer la nécessité ou non pour l’Ecosse de quitter le Royaume-Uni et se sont tous deux déclarés vainqueurs à l’issus de ce débat. L’intérêt pour l’évènement a cependant dépassé les frontières de l’Ecosse, en prouve l’arrêt momentané de la page internet qui le diffusait en direct pour les non résidants de l’Ecosse, en raison d’un trop grand nombre de connexions.

   De son côté, Darling, contre l’indépendance, s’appuie sur des arguments précis accompagnés de données chiffrées. Il souligne que sur le plan économique, sortir de l’union que forme le Royaume-Uni serait fatal pour l’Ecosse. En effet, 65% des échanges en 2012 se faisaient avec des membres du Royaume Uni. De même, 600 000 écossais travaillent pour des entreprises établies dans le royaume. L’indépendance se résumerait donc à prendre le risque de perdre un marché de consommation 7 fois plus grand en créant une frontière imperméable avec le Royaume-Uni. En ce qui concerne le système de protection sociale britannique, Darling insiste sur le fait qu’il est basé non pas sur la nationalité mais sur le besoin, ce qui signifie que tout le monde aide directement les nécessiteux à travers l’ensemble du Royaume-Uni. L’union et le partage des ressources permettent alors de rendre les coûts de protection sociale plus abordables. Une fois indépendante, l’Ecosse verrait ses ressources nettement diminuées, ce qui causerait une diminution du pouvoir d’achat de ses habitants. Enfin, sur la question de la défense du territoire, il semble qu’une sortie de l’union serait néfaste pour l’Ecosse. En effet, actuellement elle profite entièrement du budget du Royaume-Uni qui y consacre 34 milliards de livres, ce qui représente 14 fois moins que ce que propose le SNP, le parti national écossais, si l’indépendance était votée.

   Le Premier ministre d’Ecosse, Alex Salmond, en faveur de l’indépendance de sa nation, repose largement son argumentation sur le renouveau démocratique que représenterait une sortie de l’union. Il insiste à plusieurs reprises sur le fait que « personne ne dirigera mieux l’Ecosse que les personnes qui vivent et travaillent dans ce pays, » avant d’ajouter que « c’est un vote d’ambition sur la crainte, ceci est notre moment, saisissons-le. » Sur le plan économique, il blâme à la fois Darling et Cameron, en donnant pour responsable le parti travailliste de la faillite des banques alors en charge du règlement financier. Salmond souligne également que malgré le fait que l’Ecosse dispose de nombreuses ressources, ses habitants ne ressentent pas les effets positives de cette richesse. La sortie du Royaume-Uni serait selon les pro-indépendantistes le seul moyen de pouvoir exploiter les richesses de l’Ecosse et ses nouveaux pouvoirs permettraient de créer de nouveaux emplois locaux.

   Ces arguments, pour ou contre l’indépendance de la nation écossaise, ont une nouvelle fois été amenés à être confrontés lundi 25 août, lors du second débat, cette fois télévisé dans l’ensemble du Royaume-Uni. Alex Salmond est sorti largement victorieux de ce débat puisque selon un sondage du Guardian/ICM, 71% des téléspectateurs l’ont trouvé plus convaincant que son adversaire, contre 44% lors du premier round. Cependant, cette victoire du côté du « oui » pourrait ne pas être suffisante pour triompher leur du référendum du mois prochain. En effet, même s’il semble avoir remporté le débat, les voix en faveur de la campagne pour le « non » sont toujours majoritaires selon les derniers sondages avec 51% des suffrages. Nonobstant une campagne complète et crédible, c’est la question de la monnaie utilisée en cas d’indépendance qui fait défaut au Premier Ministre écossais. Il préconise une union monétaire de la livre sterling mais peine à expliquer ce qu’il ferait si la Grande Bretagne refusait cette option. 


   Rappelons pour conclure que ce référendum n’a qu’un titre consultatif, ce qui signifie que seul le Parlement détient les pouvoirs de déclarer l’indépendance. Cependant, l’exercice du débat concernant l’adéquation des différentes politiques  proposées pour la communauté écossaise, afin de montrer son désaccord sur le système décisionnaire de Westminster, est une opportunité pour l’amélioration de la relation du gouvernement central avec les nations membres. Ce processus permet une réflexion : se séparer ou s’auto affirmer peut être difficile, mais c’est possible sans l’usage de la force. Plus de démocratie, pour moins de violence, telle est la leçon à tirer de ce tournant historique pour l’Ecosse.

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