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Que se passe-t-il en Irak ?*Marion Sorant

Un peu plus de trois ans après le retrait des troupes américaines d’Irak, le pays est à nouveau plongé dans une tornade de violences. En effet, les djihadistes de l’Etat islamiste (EI) groupe dissident d'Al Qaïda dont l'objectif est d'établir un califat sunnite englobant une grande partie de l'Irak et de la Syrie, avancent vers Bagdad sans rencontrer beaucoup de résistance, une grande partie de l’armée ayant désertée...
...Partout où ils passent, les villes se vident, et les populations partent sur les routes. La crise humanitaire est immense, et les déplacés de plus en plus nombreux. Selon l’ONU, au moins 1420 personnes sont mortes et 1370 autres ont blessées en août.

Crédit image : Reuters/Youssel Boudlal
LES MINORITÉS PRISES POUR CIBLE

Les islamistes imposent la charia et s’en prennent aux minorités ethniques du pays :

- Aux chrétiens qui n'ont pas attendu l'arrivée des djihadistes pour fuir Qaraqosh, la principale ville chrétienne du pays. Les djihadistes leur imposent de se convertir à l’islam ou bien de payer un impôt destiné aux non-musulmans.

- Les Yézidis : Rattachés aux Kurdes, les Yézidis sont non-musulmans. C’est une religion monothéiste qui tire ses racines de l’Iran ancien. Si les Chrétiens sont des infidèles aux yeux des extrémistes sunnites, les yézidis sont, eux, considérés comme des "adorateurs de Satan". On estime qu’environ 160.000 à 200.000 yézidis auraient fui la région de Sinjar pour se réfugier en masse au Kurdistan. Plusieurs centaines de personnes ont été massacrées par l’EI, et le mouvement a "réparti entre ses combattants 300 filles et femmes de la communauté yazidie qui avaient été enlevées en Irak ces dernières semaines", selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH)."Parmi ces 300 femmes, au moins 27 ont été 'vendues et mariées' à des membres de l'EI dans les provinces septentrionales d'Alep et de Raqa et dans celle de Hassaka (nord-est)", toujours selon OSDH.

   Les djihadistes s’en prennent également aux musulmans chiites et aux habitants sunnites qui ne les soutiennent pas. Ils ont instauré un régime où la population est encadrée par la peur, que les troupes islamistes alimentent sans cesse avec des exécutions sommaires, des viols, des mutilations…

LES LIBERTÉS ET LES DROITS DES FEMMES SUPPRIMÉS

   Les libertés sont restreintes dans les zones contrôlées et par l'Etat islamique, et "Il est interdit aux femmes de montrer leurs yeux" explique un communiqué de l'EI distribué aux habitants. Les femmes ne doivent pas non plus "porter des abayas pouvant laisser entrevoir des vêtements colorés". Elles ne peuvent pas plus se promener avec des chaussures à talons hauts. "Quiconque osera braver ces interdictions sera puni", prévient l'EI.

LES KURDES, SEUL REMPART CONTRE LA BARBARIE DJIHADISTE

   Les quelque 150 000 à 200 000 soldats professionnels, hommes mais aussi femmes, qui se battent face aux insurgés islamistes, sont sous la direction du gouvernement régional du Kurdistan, autonome. Cette armée à été créée au début des années 1990 dans l'objectif de protéger les 5,2 millions de Kurdes du régime irakien. Car dès 1979, le régime de Saddam Hussein applique aux Kurdes d’Irak une politique de persécution. Accusés de trahison par le gouvernement irakien lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988), ils subissent des attaques chimiques. Comme le 16 mars 1988 quand près de 5000 personnes succombent dans le village kurde d’Halabja. En tout, ce sont près de 200.000 Kurdes qui trouvent la mort en 1988 lors de l’opération al-Anfal (butin de guerre).Ils ont réussit à repousser les djihadistes et à reprendre le barrage de Mossoul, le plus important du pays.Mais leur armement est léger comparé à celui des djihadistes qui, à chaque prise d'une nouvelle ville, récupèrent les armes lourdes laissées sur place par l'armée irakienne en déroute. En effet, depuis l’invasion du Koweït par l’Irak en 1991 les exportations d’armes sont limitées, et l’accord préalable de Bagdad est nécessaire.

UNE CRISE POLITIQUE ?

   Outre la démission du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, lâché par ses alliés occidentaux et critiqué de toutes parts, et remplacé par Haïdar al-Abad le 14 août, la crise se fait ressentir dans la politique du pays. Le pouvoir est affaibli et accusé de ne pas assez représenter les minorités et donc d’être à l’origine de violences confessionnelles très meurtrières dans le pays.
   De plus, les Kurdes qui défendent le pays ont toujours voulu l’indépendance du Kurdistan, qui s’étend entre l’Irak, l’Iran, la Syrie, et la Turquie. Les autorités d’Erbil ont ainsi annoncé la tenue d’un référendum sur l’indépendance, sans pour autant fixer de date. Les pays voisins, tout comme les Etats-unis et l’Europe, craignent un éclatement de l’Irak, qui fragiliserait encore davantage la région.

UNE CRISE HUMANITAIRE DE GRANDE AMPLEUR

   Des centaines de milliers de personnes, des chrétiens et des Yésidis entre autre, ont fuit en masse vers le Kurdistan. Aujourd’hui, ces personnes manquent de tous, et elles vivent dans des camps de réfugiés qui ne cessent de s’élargir.

RÉACTIONS INTERNATIONALES

   Depuis le 8 août, les Etats-Unis s'impliquent directement en bombardant quotidiennement des positions djihadistes. Mais ces frappes sont controversées, d’abord à cause de leur coût qui s’élèverait à environ 7,4 millions de dollars par jours, mais aussi parce que les américains craignent l’enlisement du conflit, comme ce fût le cas en 2003. La France livre de l'aide humanitaire et des "armes sophistiquées" aux combattants kurdes, tout comme les Etats-Unis, le Canada, l'Italie, l’Allemagne ou le Royaume-Uni. D’autre part, quelques familles chrétiennes ont été accueillies en France, et en deux mois, le Consulat français d'Erbil a été contacté par 2000 familles. Environ 300 visas ont par ailleurs été délivrés.
   Du côté des ONG françaises, les appels aux dons et l’envoi d’aides sont renforcés. Action contre la faim (ACF) a ouvert une deuxième base à Dohouk, où quelque 35.000 réfugiés ont été dénombrés par le HCR mardi, et distribué 7.740 colis alimentaires ces derniers jours.
   La Croix-Rouge française a envoyé, via le ministère des Affaires étrangères, du matériel de potabilisation d'eau et des produits de première nécessité. Un deuxième chargement de matériel permettant d'approvisionner 50.000 personnes en eau potable était en voie d'acheminement.
Médecins sans Frontières (MSF), également présent depuis 2012 dans les régions de Dohouk et Erbil, a renforcé depuis quelques jours ses activités à Erbil où sont arrivés des dizaines de milliers de familles.
   Une clinique mobile a été installée dans un camp de transit, et prend en charge notamment les questions de santé maternelle, infantile et de santé mentale, précise Chiara Lepora, responsable des programmes MSF en Jordanie et Irak. Un cargo d'urgence de médicaments a été envoyé la semaine dernière, ajoute-t-elle.

1 commentaire:

  1. Article plutôt conséquent (la longueur peut en rebuter certains) mais bien documenté, et qui permet d'éclairer le lecteur sur la situation en Irak...avec de surcroît une écriture agréable à lire, en bref un très bon article ! Je t'en courage à poursuivre cette voie, bonne continuation :)

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