. Modern-Paper, le plus de l'info: L’Union Européenne peut-elle réellement combattre le terrorisme ?*Salomé Vincendon

L’Union Européenne peut-elle réellement combattre le terrorisme ?*Salomé Vincendon

L’attentat à Charlie Hebdo, l’attaque du musée juif de Bruxelles, la fusillade au Danemark… L’Europe a été violemment touchée par le terrorisme ces derniers mois. L’Union Européenne et ses différentes instances doivent réagir aux attentats qui ont eu lieu dans son enceinte, mais la sécurité étant une compétence interne aux Etats membres, comment l’UE peut-elle soutenir les différents pays dans leur lutte contre le terrorisme ?
L’attentat à Charlie Hebdo, l’attaque du musée juif de Bruxelles, la fusillade au Danemark… L’Europe a été violemment touchée par le terrorisme ces derniers mois. L’Union Européenne et ses différentes instances doivent réagir aux attentats qui ont eu lieu dans son enceinte, mais la sécurité étant une compétence interne aux Etats membres, comment l’UE peut-elle soutenir les différents pays dans leur lutte contre le terrorisme ?


Sur le papier, l’Union Européenne est une instance qui fédère 28 pays que nous connaissons tous bien évidemment sur le bout des doigts. Dans la réalité, il lui est souvent difficile d’imposer sa volonté à tous les pays, en particulier à propos de la sécurité interne. Mais dans un contexte aussi tendu que celui des attentats, l’unité est de mise. Un nouvel agenda sur la sécurité intérieure va donc être établi par la Commission pour 2015. Cette semaine, ce sera la proposition PNR (Passager Name Record, un échange des données des dossiers de passagers entre l’Europeet les Etats-Unis) qui sera étudiée par l’Assemblée. Son but étant de faciliter la recherche et l’appréhension de criminels à travers le monde.
A chacun sa méthode
Le principal problème de l’Union Européenne reste, comme toujours, de coordonner les volontés de chacun. Ainsi, plusieurs pays ont déjà adopté des réformes s’appliquant uniquement à leur territoire. A la suite des différents attentats, la Belgique, a, par exemple, assouplit la législation sur les écoutes téléphoniques. En France, quelques jours après les attentats de Charlie Hebdo, le premier ministre français Manuel Valls a annoncé la mise en place d’une surveillance de 3000 personnes supposées proches des mouvements djihadistes. Ce plan prévoit également la création de 2680 emplois dédiés à la lutte anti-terroriste.
Si ces pays agissent rapidement c’est parce qu’ils ont été directement touchés par le terrorisme. D’autres pays de l’Union Européenne, moins concernés n’agissent pas, ou peu. « La Hongrie, par exemple, n’est pas concernée par les attentats, actuellement c’est la guerre entre l’Ukraine et la Russie son problème. » explique Fabrice Pozzoli-Montenay, journaliste spécialiste de l’Europe. Pour d’autres pays, il s’agit plutôt d’un problème financier. Les budgets de la Slovénie ou de la République Tchèque ne suffisent pas à créer des instances sécuritaires dédiées à la lutte contre le terrorisme. Grâce à l’Union Européenne cependant, des Français partent par exemple former les forces policières dans les Balkans.

« On n’a pas besoin de rajouter des couches, on n’a pas besoin de nouvelles instances, on n’a besoin de meilleures institutions »
L’Union Européenne possède une artillerie de plateformes dévouées à l’entraide sécuritaire, le terrorisme a même une section spécifique. Depuis 2007, c’est Gilles de Kerchove qui est coordinateur de l’Union Européenne pour la lutte contre le terrorisme. Il existe aussi des instances comme l’ECRIS (European Criminal Records Information System), qui consiste à partager des casiers judiciaires sous forme électronique dans l’Union Européenne. Les policiers français ont d’ailleurs utilisé cette base de données pour retrouver les frères Kouachi. Depuis janvier 2004, il existe aussi Airpol (réseau européen des polices aéroportuaires) ou le mandat d’arrêt européen qui a permis d’arrêter de nombreux suspects dont le coupable de la tuerie du musée juif de Bruxelles (mai 2014). Il a pu être extradé de la France à la Belgique en moins de six semaines. Il existe même un fond d’entraide qui permet aux différents Etats d’être soutenus financièrement dans le domaine de la sécurité intérieure.
Mais l’aide à la sécurité intérieure dépasse les frontières de l’Union Européenne, notamment avec les Etats-Unis, grands demandeurs d’informations sur la sécurité. Grâce à l’assistance judiciaire mutuelle, dans le cadre d’une enquête, des magistrats européens peuvent demander et obtenir des informations de leurs homologues aux Etats-Unis. Dernièrement, les échanges avec les Etats-Unis ont été soumis à des tensions très vives, notamment à cause du PNR. Fabrice Pozzoli-Montenay explique que les Etats-Unis poussent depuis longtemps à l’adoption du PNR : « Les Etats font pression mais les députés font de la résistance. On ne sait pas exactement où vont mener ces échanges, et il faut savoir qu’ils seront à sens unique. » Dans cette affaire, le Conseil des chefs d’Etats s’oppose au Parlement(http://www.franceinfo.fr/emission/en-direct-de-l-europe/2014-2015/lutte-anti-terroriste-le-parlement-europeen-sous-la-pression-des-etats-25-01-2015-05-15) « Ce sont les députés qui freinent son adoption » comme Eva Joly dernièrement, en France.

Selon Fabrice Pozzoli-Montenay les diverses institutions sécuritaires de l’Europe fonctionnent déjà très bien  aujourd’hui, notamment les échanges entre les polices « On n’a pas besoin de rajouter des couches, on n’a pas besoin de nouvelles instances, on n’a besoin de meilleures institutions ». Le journaliste pense que créer de nouvelles institutions ne renforcera pas forcément la défense contre le terrorisme, mais qu'il faut maintenir et améliorer celles qui sont déjà en place. Il y a déjà « un travail de fond de bonne qualité » Au fond, tout changer aujourd’hui ne serait pas logique,  la violence des derniers évènements ne devraient pas pousser à une légifération précipitée, que ce soit au niveau européen ou national. « Le problème est d’anticiper que des personnes se radicalisent, on n’est plus dans le sécuritaire, mais dans le social.»

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire