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Macron, réformateur de (la) gauche*Pablo Maille

Pour Jean-Luc Mélenchon, la loi Macron est « une loi de droite ». Pourtant, rares sont les membres de l’UMP à s’être positionnés en sa faveur. Décriée par l’aile gauche de son parti et constamment rejetée par la droite, où se situe réellement l’idéologie politique d’Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique ? Et y’a-t-il, oui ou non, une divergence de pensée entre la sienne et celle de l’opposition ?
Pour Jean-Luc Mélenchon, la loi Macron est « une loi de droite ». Pourtant, rares sont les membres de l’UMP à s’être positionnés en sa faveur. Décriée par l’aile gauche de son parti et constamment rejetée par la droite, où se situe réellement l’idéologie politique d’Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique ? Et y’a-t-il, oui ou non, une divergence de pensée entre la sienne et celle de l’opposition ?

À peine nommé ministre de l’Economie, Macron avait mis les choses au clair. Dans une interview accordée au Point la veille de sa nomination, il déclarait :

« Nous pourrions autoriser les entreprises et les branches, dans le cadre d'accords majoritaires, à déroger aux règles de temps de travail et de rémunération. C'est déjà possible pour les entreprises en difficulté. Pourquoi ne pas étendre à toutes les entreprises, à condition qu'il y ait un accord majoritaire avec les salariés ? »

Le lendemain, ses propos - coïncidant étrangement avec sa nomination - font débat, y compris au sein de son propre parti. Il faut dire que les militants, voyant peu à peu les promesses et les discours de la campagne de 2012 (et le fameux ennemi que constituait « le monde de la finance ») s’estomper au profit d’une ligne clairement plus favorable au dialogue avec les entreprises, apparaissaient de plus en plus décontenancés.

Jusqu’alors secrétaire général adjoint de l'Elysée, où il était devenu, selon les propres dires de l'ancienne patronne du Medef Laurence Parisot, « un précieux relais de la voix des entreprises », partisan d'un marché du travail plus flexible, il prépare secrètement le crédit d'impôt-compétitivité, et le pacte de responsabilité. Deux dispositifs pro-entreprises qui font hurler la gauche du PS, mais qui satisfont les organisations patronales.

Des déclarations antérieures qui permettent de mieux appréhender son idéologie

Qualifié par certains observateurs de social-libéral ou de social-démocrate (même s’il n’aime pas les termes « raccourcis ») et perçu comme appartenant à l'aile droite du Parti socialiste, il est en faveur du rétablissement de l'équilibre des finances publiques et du libre jeu du marché. En octobre 2013, il déclare ainsi à Mediapart :

« L’idéologie de gauche classique ne permet pas de penser le réel tel qu’il est. Il nous manque des outils – il faut le reconnaître. La gauche n’a pas assez repensé ses objets. [...] Ce qu’on appelle de manière un peu vieillotte le « socialisme de l’offre », c’est faire attention à la répartition de la charge entre les différents acteurs de l’économie. […] Ce « socialisme de l’offre » suppose donc de revisiter un des réflexes de la gauche, selon lequel l’entreprise est le lieu de la lutte des classes et d’un désalignement profond d’intérêts. [...] La gauche moderne est celle qui donne la possibilité aux individus de faire face, même aux coups durs. Elle ne peut plus raisonner en termes de statuts. La société statutaire où tout sera prévu va inexorablement disparaître. »

S’il fallait encore une preuve qu’Emmanuel Macron n’a pas grand-chose à voir avec la gauche « historique », son interview, début janvier 2015, depuis Las Vegas au journal Les Échos l’apportait. Il déclare alors : « les jeunes Français doivent avoir envie de devenir milliardaires. » Une déclaration qui avait déclenchée moult réactions, à gauche comme à droite, mais qui avait surtout démontré que sa « ligne libérale » n’est pas une fantasmagorie médiatique mais bien une profonde conviction. 

Mais qui dit libéral ne dit pas forcément homme de droite

Emmanuel Macron se plait en effet à tacler - dès qu’il le peut - la droite et l’UMP. La semaine dernière, il déclarait à Europe 1 « l'ancien président est sans doute frustré par la pauvreté de son propre bilan », répondant aux critiques de Nicolas Sarkozy qui avait estimé que l'exécutif n’avait « pas la force de convaincre sa majorité. » 

Il allait même plus loin et dressait le bilan de la droite. « L'UMP, qu'a-t-elle fait ? Une décennie perdue qui nous a laissés sans réforme, mais avec des dettes à éponger. Leur proposition, c'est de ne rien faire. Ne pas toucher aux notaires. Ne pas ouvrir les magasins le dimanche. Ne rien changer aux prud'hommes. Sans parler du néozadisme du maire de Nice, qui fait un référendum quand on organise l'ouverture du capital de l'aéroport ! Le résultat, c'est que l'UMP est au cœur de la coalition de l'immobilisme. »

Social-libéralisme ou gauche « moderne » ?

L’entretien qu’il avait accordé à Mediapart en 2013, alors qu’il était encore « dans l’ombre », permet de mieux appréhender sa pensée. Pour lui, « la gauche classique » – celle qui défend « l'extension infinie des droits », qui est « contre l'expulsion des étrangers » et qui pense « qu'il faut systématiquement augmenter les salaires » – est semblable à « une étoile morte ».

Lui préfère « la gauche moderne », qui reconnaît l'entreprise comme « un moteur dans l'économie ». Et appelle à « revisiter un des réflexes de la gauche, selon lequel l’entreprise est le lieu de la lutte des classes et d’un désalignement profond d’intérêts ».

Au sein de son parti, il divise. Certains se disent convaincus, comme Julien Dray qui avouait dans Le Monde : « Moi qui suis marxiste, il m'a convaincu que la compétitivité de la France était un réel problème et que la politique de l'offre n'était pas un gros mot ». Mais d’autres ne semblent pas encore convertis. Un récent sondage Odoxa évaluait ainsi à 44% la part de sympathisants socialistes « appréciant ses idées », à 13% « n’appréciant pas ses idées », et à 43% « ne connaissant pas suffisamment ses idées pour avoir une opinion ».

À sa prise de fonctions ministérielles, Emmanuel Macron lançait : « Jugez-moi sur les actes et sur les paroles. Il n'y a que ça qui compte. C'est ma religion. » Jusqu’à maintenant, beaucoup de déclarations et une loi adoptée par 49.3. Il lui reste - au plus - deux ans pour convaincre.

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