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L'Édito politique #25 : « Français de souche » : fausse polémique, vraies questions*Théo Moy

Il y a une semaine, lundi 23 février, se tient le traditionnel et annuel diner du Conseil Représentatif des Institutions juives de France. François Hollande prononce à cette occasion un discours fort sur la place des juifs en France. Alors qu’il évoque et condamne l’antisémitisme, il prononce ces mots qui fâchent : « J'étais également la semaine dernière à Sarre-Union, dans ce cimetière dévasté par de jeunes lycéens, Français de souche, comme on dit ».
Il y a une semaine, lundi 23 février, se tient le traditionnel et annuel diner du Conseil Représentatif des Institutions juives de France. François Hollande prononce à cette occasion un discours fort sur la place des juifs en France. Alors qu’il évoque et condamne l’antisémitisme, il prononce ces mots qui fâchent : « J'étais également la semaine dernière à Sarre-Union, dans ce cimetière dévasté par de jeunes lycéens, Français de souche, comme on dit ».


Cette expression « Français de souche » déclenche une polémique bien fâcheuse. Pour Apolline de Malherbe, grimaçante sur France 5 dans « C’est à vous », c’est « une expression au minimum très très maladroite ». Ainsi, utiliser ce terme ancien que s’est réapproprié l’extrême droite des années 70 serait donner raison au Front National… Que nenni !

En disant « français de souche » puis en nuançant « comme on dit », Hollande brise en fait un tabou.
D’abord, c’est un pied de nez au président du CRIF, naturellement présent, qui avait affirmé le matin même « toutes les violences commises (à l’encontre de la communauté juive, ndlr) aujourd'hui le sont par de jeunes musulmans ». En utilisant le terme, François Hollande rabat le caquet à Roger Cukierman en lui prouvant que les actes antisémites ne sont pas uniquement le méfait des jeunes de confession musulmane.

Ensuite et surtout, c’est une preuve que la lutte contre le Front National n’est pas perdue d’avance. Aujourd’hui, de nombreux politiciens refusent d’aborder les thèmes qui font le succès du vote FN tels l’immigration et même d’utiliser les termes emblématiques employés par les cadres de ce parti par peur, comme dit l’éditorialiste de Challenges, Bruno Roger-Petit, « de participer à la lépénisation des esprits ». Dans ce cadre, Hollande ne prend pas peur et s’engage. Ce « comme on dit » est une insoupçonnable déclaration de guerre. Le président voulait en fait dire : Non, Madame Le Pen, vous n’avez pas le monopole de ce terme, que je réfute, que je mets en doute et je combats votre parti qui répand des idées néfastes au pays que je gouverne.

Comme l’UMP, François Hollande comprend tardivement que la meilleure manière de combattre le Front National est de reprendre son idiome, ses théories, ses idées, pour les défaire et les contredire. Le président du groupe PS n’y est pas encore lui qui affirme sur BFMTV : « je bloque systématique sur mes comptes sur les réseaux sociaux toutes les personnes qui utilisent cette expression ». Dommage.

La vraie polémique c’est finalement cette polémique elle-même, instrumentalisée par ceux qui osent encore penser que nier les problématiques souvent bien réelles abordées par le Front National est la clef pour le combattre.

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