. Modern-Paper, le plus de l'info: Timbuktu, le paradoxe d'un chef d'œuvre symbolique mais mal aimé*Malika Butzbach

Timbuktu, le paradoxe d'un chef d'œuvre symbolique mais mal aimé*Malika Butzbach

Les médias sont unanimes, avec ses sept récompenses (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original, meilleur son, meilleur photographie, meilleur montage et meilleur musique) Timbuktu est le grand gagnant de la cérémonie des Césars 2015. Ce film, salué par le grand nombre pour son engagement contre l'islamisme extrémiste, est pourtant au cœur de nombreuses polémiques.
Les médias sont unanimes, avec ses sept récompenses (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original, meilleur son, meilleur photographie, meilleur montage et meilleur musique) Timbuktu est le grand gagnant de la cérémonie des Césars 2015. Ce film, salué par le grand nombre pour son engagement contre l'islamisme extrémiste, est pourtant au cœur de nombreuses polémiques L'action se déroule à Tombouctou (au Mali) où une organisation salafiste impose la Charia dans la « Perle du désert ». Pour montrer cela, le réalisateur Abderrahmane Sissako trace le chemin de deux destins, entourés d'une multitude de personnalités, qui finissent par tragiquement se croiser.
La première scène donne le ton : sur leur moto, deux djihadistes font le tour du village en énumérant les interdits de la Charria, scène drôle tant l'énumération, qui ne s'arrête jamais, nous semble absurde. Si d'un côté il y a la séquence très touchante où une poissonnière, symbole de rébellion face à l'incompréhension des règles, s'emporte contre les djihadistes. De l'autre, on voit ces même djihadistes débattant entre eux sur Messi & Zidane ou fumer en cachette, ils sont donc représentés comme des humains, certains avec leurs doutes, d'autres avec leur maladresse ou leur cruauté ouverte. Bien qu'utilisant l'humour et les clichés intériorisés par les occidentaux, ce film nous livre une réalité choquante, où les femmes apparaissent comme les premières victimes de ce régime. En témoigne la scène, magnifique, d'une femme fouettée pour avoir chanté. Le film s'inspire ouvertement de faits réels ; il s'agit des exactions commises durant l'occupation de la ville par AQMI et Ansar Dine en 2012, qui a conduit à l'intervention de la France au Mali en janvier 2013. C'est donc une sorte de tableau que dresse le réalisateur, montrant les personnages dans leur totalité. Abderrahmane Sissako sort ainsi du cadre manichéen, trop souvent présent lorsque l'on parle de l'islam. Ce qui pourrait expliquer les nombreuses polémiques autour du film.
Timbuktu a été déprogrammé à Villiers-sur-Marne. Le maire Jaques-Alain Benesti (UMP) a qualifié le film d' « apologie du terrorisme » et craignait que, dans le contexte précédant les attentats dans lesquels fut cité le nom d'Hayat Boumedienne, villieraine, les jeunes perdent le sens de ce film, retenant plus les exactions d'AQMI que le message de paix. Bien loin de là, le film dénonce clairement l'appropriation de la religion par les extrémistes qui s'en servent pour faire régner un système de terreur, et surtout mets ces extrémistes en face de leur contradictions, autrement dit leur non-respect envers la religion qu'ils prétendent défendre. D'où la figure de ce vieil Imam qui rappelle les valeurs de tolérance du Coran. L'interdiction du film fut largement condamnée par le gouvernement et l'opinion publique. Le maire de Villiers-sur-Marne est revenu sur ses propos, déclarant que la programmation serait juste retardée.

Enfin, dernière polémique à ce jour, le festival de cinéma Fepasco de Ouagadougou hésite quant à la déprogrammation de Timbuktu pour des raisons sécuritaires. L'attaché de presse du festivalGervais Hien explique que, si il n'y a pas eu de menace concrète, « Il y a une menace générale dans la région, aussi par rapport à la situation au Niger. » faisant référence à l'incendie du centre culturel français de Zinder le 16 janvier durant une manifestation anti-Charlie Hebdo. « Céder à la peur c'est dommage » confie Abderrahmane Sissako sur le plateau du Grand journal. Le réalisateur mauritanien, devenu le premier cinéaste d'Afrique Noire à recevoir un césar, a déclaré dans son discours : « Il n'y a pas de choc des civilisations, ça n'existe pas. Il y a une rencontre des civilisations ».

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire