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Daech en Libye : l’autre urgence*Nicolas Le Hérissé

En s’implantant en Libye, Daech cherche à étendre son « califat » irako-syrien. Près de 2 000 djihadistes auraient rejoint la Libye. Une situation qui inquiète les Occidentaux.

Crédit image : agence IDÉ

La Libye connaitra-t-elle le même sort que la Syrie ? Depuis le renversement de Kadhafi en 2011, le pays avait progressivement disparu des radars médiatiques. Profitant de l’instabilité régnant en Libye, les djihadistes de Daech se sont peu à peu implantés sur le territoire libyen. Un nouveau front ouvert par Daech a quelque centaine de kilomètres des côtes européennes qui inquiète.

« Daech est le produit de la vacance du pouvoir et de l’autorité », nous explique Luis Martinez, directeur de recherche à Sciences Po et spécialiste du Maghreb et du Moyen-Orient. « Daech profite de l’opposition entre les deux gouvernements, l’un installé à Tipoli, l’autre à Tobrouk qui ne parviennent pas a étendre leur autorité sur le territoire libyen ».

Même s’il est difficile de connaitre le nombre exact de combattants de Daech en Libye, on estime qu’ils seraient près de 2 000 actuellement. En un peu plus d’un an d’existence en Libye, les hommes d’ Al-Baghdadi cherchent à faire du pays un nouveau point d’ancrage hors de la Syrie et de l’Irak. Cependant, une implantation durable de Daech en Libye s’avère difficile face à une forte résistance de la population. « Il est plus dangereux pour Daech d’être en Libye que d’être en Syrie ou en Irak. Dans ces deux pays, le groupe djihadistes bénéficie vraiment d’un terreau social favorable. En Libye, Daech va se retrouver dans l’étau des milices de Tripoli et de Benghazi. D’un point de vue stratégique, Daech a beaucoup plus de chance de survivre en Syrie et en Irak qu’en Libye », souligne Luis Martinez.

L’implantation de Daech en Libye, serait-elle la conséquence des bombardements massifs en Syrie et en Irak de ces dernières semaines ? « Je ne pense pas qu’il y est pour l’instant une cause liée directement aux frappes de la coalition. Daech est présent en Libye depuis plus d’un an. D’une part dans la région de Derna, puis à Syrte. Daech s’implante là ou les factions tribales ou politiques se combattent », explique Luis Martinez. L’organisation djihadiste demanderait a ses nouvelles recrues étrangères de rejoindre dorénavant la Libye, non plus la Syrie. Deux Français ont été écroués mi-novembre. Ils étaient soupçonnés de vouloir grossir les rangs des combattants de Daech en Libye. Pour les Occidentaux, la situation en Libye est prise très au sérieux. Pour le président du Conseil italien Matteo Renzi, la Libye « risque d’être la prochaine urgence ». L’ancienne puissance coloniale s’inquiète de voir s’établir à 300 kilomètres de ses côtes une nouvelle terre de djihad. Du coté de Paris, des vols de reconnaissance ont été effectués au-dessus du territoire libyen. Ces missions visent à collecter des renseignements avant de potentielles frappes.

Pour Luis Martinez, la France a un rôle à jouer dans la résolution du conflit libyen, même s’il n’envisage pas une prochaine intervention occidentale. « Pour la France, la Libye est un dossier plus politique que sécuritaire. Dès 2012, la France s’est désintéressée de la Libye. Nous sommes responsable d’une situation que nous avons créée, et coupables d’avoir abandonné un pays après avoir encouragé le renversement de son régime ».

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