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De drôles d’élections après les attentats*Aurore Pageaud

Après les dramatiques évènements du vendredi 13 novembre, l’union nationale appelée par François Hollande fut de courte durée. Nicolas Sarkozy a été le premier à la « rompre », provoquant ainsi un tollé des médias et de l’opinion publique. Pourtant, le débat n’est-il pas essentiel dans une démocratie ? Cette question, les politiques qui ont choisi de continuer leur campagne électorale pour les régionales ont dû se la poser : faut-il « continuer à vivre » et donc continuer les meetings comme l’estime Valérie Pécresse, tête de liste Les Républicains en Ile-de-France ou faut-il privilégier l’union nationale, soutenant ainsi le gouvernement comme préconise Jean-Yves Le Drian, candidat PS en Bretagne ? La course aux régionales a débuté 10 jours après les attentats et se finira officiellement, pour le premier tour, le samedi 5 décembre à minuit.

10 jours après les attentats de Paris, peu de médias rappellent la particularité de ces élections. Elles sont prévues dans le cadre de la loi du 16 janvier 2015, effective le 1 janvier 2016, qui réduit le nombre de régions en France métropolitaine de 22 à 13. Un plus grand renforcement des pouvoirs du conseiller régional et un regroupement économique des régions sont mis en avant. Seulement voilà, ces données sont noyées entre la géopolitique internationale et le début de la COP21.

En 2010, avaient lieu les dernières élections régionales. Elles se sont soldées par une victoire écrasante de la gauche : 22 présidences de région sur 25. Les Républicains, alors UMP, en avaient remporté 3, n’en laissant aucune au Front National. Mais, c’était il y a 5 ans. Entre-temps, la gauche est arrivée à la tête de l’Etat, avec le succès que l'on connait. Les municipales de mars 2014, suivies des départementales l’année suivante, ont été largement remportées par la droite. Le FN s’est, par ailleurs, autoproclamé « premier parti de France » après sa victoire aux européennes.

C’était le contexte politique avant les attentats. La récente vague d’immigration en Europe a changé le débat. Les attentats de Paris ont modifié la donne. Quel sera le résultat du vote ? Chaque évènement avant une élection l’influence. Prenons l’exemple de la candidate allemande Henriette Reker : poignardée par un néo-nazi, alors que son programme politique prévoyait d’accueillir les migrants dans sa ville, elle a été élue avec 52,04 % des suffrages. Et cette tentative de meurtre a eu une telle répercussion dans l’Allemagne entière qu’elle a influencé les votes en faveur de son parti.

Après les attentats de Paris, les sondages sont unanimes : Marine Le Pen serait élue à la tête du Nord-Pas-de-Calais-Picardie sans difficulté. Ils estiment également que Marion Maréchal-Le Pen serait élue en Provence-Alpes-Côte-D’azur. Donc 2 régions pour le FN. Ces mêmes sondages prévoient que la droite gagnerait 4 régions et que la gauche en conserverait 3. 4 régions balanceraient globalement entre le PS et Les Républicains. En Bourgogne-Franche-Comté, on attend une égalité entre la droite et l’extrême droite. Ces sondages, qui sont à prendre avec précaution, montrent néanmoins qu’on peut s’attendre à un sursaut de participation : approche du vote ou prise de conscience citoyenne à la suite des attentats ?

Cette prise de conscience politique peut radicalement changer les élections : les thèmes de l’immigration et de la sécurité montent en flèche dans les intentions de vote. Le FN récupère nombre d’électeurs chaque jour et on ne parle que de cela. Personne n’entend la gauche ou même la droite s’exprimer, ni rallier les suffrages.

Le taux d’abstention en 2010 était de 54 %. Les électeurs se sont désintéressés d’un vote qui, admettons-le, n’avait pas un grand poids sur leur quotidien, dans la mesure où il y avait 25 régions plus ou moins influentes et plus moins économiquement stables. Mais les régionales à venir sont différentes : elles éliront de plus fortes personnalités politiques sur de plus grands territoires, elles seront plus influentes, ce qui change radicalement la donne. Les sondages attendent 60 % de taux d’abstention cette année. A ce pourcentage là, peut-on réellement parler d’un désintéressement politique individualiste ou d’un véritable mécontentement envers les candidats et leurs partis ? Peut-on accuser les français de ne pas voter, quand on ne leur explique pas pour quoi ils sont appelés aux urnes ?

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