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Démagogie, dettes et Régionales*Louise Bigot

« Pourquoi une victoire du FN nous inquiète » La Une du 30 novembre du quotidien régional La Voix du Nord est on-ne-peut-plus claire. Titre auquel Marine Le Pen s'empresse de répondre, en affirmant qu'elle supprimera les subventions au quotidien. Dans cette région où le taux de chômage frôle les 13 %, la candidate est vue comme celle qui ramènera l'emploi et la sécurité tout en baissant les impôts. Car la réforme territoriale, adoptée en juillet dernier, cherche à doter les régions d'un pouvoir politique renforcé et d'une taille suffisante afin qu'elles puissent rivaliser avec les Länders allemands et ainsi s'inscrire dans la politique de décentralisation de l'Union Européenne. Faut-il voir cependant le président de région et son conseil comme ceux qui arriveront enfin à redresser économiquement leur territoire et améliorer la situation sociale de sa population ? Quelles différences pourra-t-il y avoir entre une région gérée par la droite, l’extrême droite ou la gauche ?

Crédit image : Arnold Jerocki/News Pictures

Des régions super-puissantes ?

Le champ d'action du président de région, considérablement élargi, lui donne un pouvoir économique non négligeable. De la mise en place d'une stratégie économique à l'attribution des aides aux entreprises en passant par la gestion des pôles de compétitivité, la région devient, en théorie, le moteur du développement de son territoire. Il est pourtant illusoire de penser que les présidents de régions seront ceux qui feront s'inverser la courbe du chômage... Bien loin de nos homologues allemands, qui peuvent choisir leur politique fiscale et décider d'appliquer ou non certains décrets concernant le droit du travail dans leur Länder, les régions françaises n'auront ni le pouvoir de réduire les charges des entreprises ni celui de favoriser l'augmentation du temps de travail, principaux freins de notre économie. Marine Le Pen, dont une des promesses de campagne est de faire du Nord la région la moins imposé de France, se heurte aux limites d'un État à la décentralisation encore incertaine. Cependant cette marge de manœuvre, aussi mineure soit-elle, risque, comme en Allemagne, de renforcer les inégalités entre les régions françaises en fonction de la politique économique mise en place. Cela pourrait pourtant avoir des impacts bénéfiques au niveau national, en transformant les régionales en antichambre des élections présidentielles. Les Français, qui verront les résultats concrets des différents partis à l'échelle locale d'une manière exacerbée, pourront mieux imaginer quels seraient ces effets à l'échelle nationale, diminuant ainsi le vote par défaut devenu récurant.

La coopération entre les régions, départements et communes est aussi un autre aspect essentiel de la réforme territoriale . En effet, la répartition à la carte de certaines compétences entre la région, les métropoles et les départements seront possible. Ainsi la région, dans le cadre de sa politique économique, pourra gérer les ports de commerce et confier les lycées au département. Les communautés de communes ou départements seront également à même de définir leur propre stratégie économique, adaptée aux caractéristiques de leur territoire. Ces diverses mesures, tout en permettant d'adapter une politique régionale voir nationale aux différents échelons du découpage administratif, donneront également un rôle important aux acteurs locaux. Les citoyens pourront se sentir d'avantage impliqué dans des décisions souvent abstraites à leur yeux. La réforme territoriale ne doit pourtant pas s'arrêter aux fusions régionales et à la décentralisation de l’État : la suppression des départements, sujet brûlant et toujours incertain, semble être dans la suite logique de la politique du gouvernement. En effaçant cet échelon intermédiaire, l’État risque à la fois d'isoler un peu plus certains territoires ruraux délaissés mais aussi de rompre le lien fragile entre populations et régions. Les régions, par leur tailles importantes, ne peuvent être en rapport avec ses habitants que par l'intermédiaire du département. Leur sort ne sera sans doute conditionné que par la majorité élue à la tête de l’État en 2017.

Des programmes ambitieux ou irréalisables ?

En confiant de nouveaux pouvoirs aux régions, l’État a également permis aux différentes listes de rédiger de véritable programmes économiques, plus seulement basés sur les lycées ou les transports. Les divergences au niveau des programmes, nombreuses, rendent le débat houleux. Malgré des disparités entre les différentes régions, les idées les plus emblématiques des partis sont à l'honneur sur les différents programmes.

Ce sont les propositions du FN qui ont le plus porté à débat ces derniers jours. Le parti d'extrême droite n'ayant jamais gouverné un territoire si grand, il est légitime de douter de sa capacité à mettre en œuvre les mesures miracles qu'elle annonce. Entre l'augmentation des salaires, dont celle du SMIC de 200€, la préférence régionale au niveau économique, la baisse des impôts, hypothétique car cela dépend essentiellement de l’État, l'augmentation des aides aux TPE-PME (Très petites, petites et moyennes entreprises) ou encore une politique migratoire sévère, particulièrement dans le Nord où la situation à Calais devient ingérable, les critiques sont vives. Pour Pierre Gattaz, le patron du Medef, le programme économique du FN est « l'inverse de ce qu'il faut faire » . Autant dire que celui-ci est utopiste. Derrière les idées qui font le cheval de Troie du FN, comme l’immigration, la sécurité ou le nationalisme économique, le programme ressemble étrangement à celui de l'extrême gauche, au risque de créer une dette là où il n'y en avait peu. Pour beaucoup, rien de plus que de la démagogie afin de convaincre les électeurs des régions les plus en difficulté de voter FN ce week-end. La réponse de la présidente du FN après la Une hostile de la Voix du Nord, a donné un aperçu de la poigne de fer avec laquelle elle compte gérer sa région, si elle est élue. Les subventions régionales au groupe, qui concerne en fait une chaîne de télévision, seront ainsi supprimées si Mme Le Pen devient présidente de la région Nord. Pour aider «le million de pauvres » qu'elle cite dans sa lettre ouverte. Certains le voit simplement comme une atteinte à la liberté d'expression. Ces déclarations coup de poing, fer de lance de la stratégie Lepéniste, ne feront que renforcer les fractures au sein des régions, dont le but principal est de créer un sentiment d'appartenance et d'être au plus proche des populations.

Le programme des Républicains, autre grand gagnant attendu selon les sondages, met l'accent sur l'aide à la ruralité, à l'agriculture et à la jeunesse, avec des mesures qui favorisent l'apprentissage, les bacheliers les plus méritant ou encore les agriculteurs en difficulté. Le PS, pour qui, malgré les résultats décevant du chômage au mois d'octobre, voit la popularité de François Hollande exploser, l'avenir semble moins sombre qu'il y a quelque mois. Le parti souhaite, entre autre, favoriser la jeunesse, les demandeurs d'emploi ou encore les migrants en augmentant par exemple diverses allocations et en instaurant la gratuité dans les transports scolaires. Des propositions qui semblent réalisables face aux pouvoirs dont dispose la région. Les attentats ont pourtant changé la donne. Ce qui était avant le terrain de chasse du FN a envahi le débat durant les dernières semaines. La sécurité, thème qui après le choc du 13 novembre, devient une des préoccupations principales des français, ne fait pourtant pas parti des domaines de compétences de la région, ou très peu : il ne représente que 0,3 % du budget régional de la région Île-de-France en 2015. Derrière la détermination affirmée des partis politiques à mieux gérer les flux migratoires et à renforcer la sécurité se cache de nombreux écueils.

A quelque jours du scrutin, alors que Manuel Valls et Nicolas Sarkozy se sont entendus afin de faire barrage au FN, les dés semblent jetés. Certaines promesses trop ambitieuses, d'augmentation des aides ou de hausse des salaires, présentent pourtant un danger non négligeable : celui de récréer ce qui mine aujourd'hui notre pays, une dette abyssale, au sein de nos régions.

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