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Régionales 2015 : Nouvelle donne politique ?*Louise Bigot

5 régions pour le PS, 7 pour les Républicains et aucune pour le FN… Les résultats des Régionales, sans satisfaire réellement aucun des partis, a sauvé les meubles. En ne faisant guère mieux que le PS, les Républicains obtiennent tout de même 7 régions. Pour le PS, malgré la perte de l'Ile-de-France, aux mains du PS depuis 14 ans et d'un de leur bastion, le Nord, où aucun conseiller régional socialiste ne siégera pendant 6 ans, tout comme dans la région PACA, le bilan est plutôt positif. La stratégie du « ni-ni » défendue par Nicolas Sarkozy semble avoir fonctionné : le FN n'a obtenu la présidence d'aucune région, bien qu'il ait réalisé, avec plus de 6,7 millions de voix, le meilleur score de son histoire. Les réelles leçons à tirer de ce scrutin ne sont pourtant ni dans la stratégie anti-FN défendu par le parti au pouvoir ni dans la remobilisation en trompe-l’œil de l'électorat français… Dernière étape avant les présidentielles de 2017, les Régionales ont avant tout révélé les failles du système politique français et l’essoufflement de nos vieux partis dit « de gouvernement ».

Crédit image : AFP/Bob Edme

La politique française en panne

Si ce scrutin n'a pas réveillé les tensions au sein d'un PS déjà fracturé, il les a mises en évidence parmi les forces de droites. Entre divergences idéologiques et stratégiques, les Républicains semble au seuil de l'implosion. Le parti, allié à l'UDI et au MoDem, a pourtant opéré un virage à droite, conduit par son chef de file, Nicolas Sarkozy. Les désaccords se cristallisent entre les ténors du parti. Nathalie Kozsuisco-Morizet, évincée de la présidence des Républicains, par « soucis de cohérence » sur la manière de combattre l'avancée du Front National, entre autre, est le dernier exemple en date de la stratégie très contestée de Nicolas Sarkozy. Les Régionales ont marqué le point de rupture entre une droite défendant la ligne traditionnelle du parti et celle qui, lentement mais sûrement, se rapproche des idées nationalistes du FN. Le débat sur la ligne idéologique du parti, consenti par Sarkozy pendant l'entre-deux-tour , risque d’entériner un schisme redouté et qui affaiblira la droite.

Les Régionales, derrière des querelles internes qui débouchent rarement sur de réels changements, ont mis en avant ce que les partis traditionnels peinent à s'avouer : la stratégie Le Penniste fonctionne. Que les français ne votent que par dépit et non plus par conviction, ce n'est pas nouveau : le deuxième tour manifeste la détermination de la France à rester un pays d’accueil, ouvert et symbole des droits de l'homme. Le sursaut d'une partie de l'électorat, tout comme le report des voix socialistes au profit des listes de droites dans les régions Nord et Paca, l'ont bien montré. La victoire discutable de la droite ne marque pourtant pas la fin du FN, bien au contraire. Le vote FN n'est plus aujourd'hui le vote protestataire de 2002 mais bien un vote de conviction. L'immobilisme croissant des politiques face aux thèmes qui inquiètent les français, comme les migrants, la sécurité ou encore l'intégration, bannis des discours avant les attentats, ont sans aucun doute servi le FN ces dernières années. Il est évident que la France n'est pas capable d’accueillir toutes les victimes des guerres qui se pressent à nos portes tout comme il est évident que l'appareil d'intégration et d'assimilation français est en panne. Pourtant, aujourd’hui le FN est le seul parti qui parle sans pudeur de ces sujets. Malgré un programme économique utopiste, le FN répond clairement aux français, contrairement au PS et aux Républicains qui n'ont cessé de s'écarter des vraies préoccupations de leurs électeurs potentiels. L'abstention, toujours trop élevée au second tour, plus de 40%, montre le rejet d'une classe politique bien éloigné des thématiques du terrain. La rhétorique FN=Nazis ne trompe plus non plus l'opinion. En diabolisant le FN, la gauche et la droite s'éloigne des réelles incohérences du programme des Le Pen: le volet économique.

Un exécutif qui veut garder le cap

Du coté du gouvernement, les résultats corrects du PS éloignent la perspective d'un remaniement. La prolongation de l’État d'urgence empêche tout changement au sein des ministères stratégiques et l'entourage de François Hollande semble être aujourd'hui le mieux placé pour préparer la route du futur président sortant pour 2017. Après la défaite de Claude Bartolone et ses propos diffamants pendant l'entre-deux-tour contre Valérie Pécresse, nouvelle présidente Les Républicains de la région Île-de-France, la possibilité d'une destitution du président de l'Assemblée Nationale était étudiée, autant à gauche qu'à droite. La position du député de Seine Saint Denis à la tête de l'Assemblée Nationale, remise entre les mains de Bruno Le Roux, chef du groupe PS, va être vraisemblablement conservée. Claude Bartolone avait en effet promis en début de campagne, de remettre son poste lundi s'il échouait à conquérir l'Ile-de-France. Ce qui semble n'être en fait qu'un tour de passe-passe visant à légitimer Bartolone fait des mécontents à droite : Bartolone, avant d'être un candidat socialiste, se doit d'être le président de tout les députés, quel que soit leur couleur politique. En conservant son gouvernement tel quel, François Hollande affirme sa politique économique controversé, en gardant à son chevet les jeunes têtes du parti, Valls et Macron, qui représentent l'aile droite du PS.

Des résultats qui installent le flou pour 2017

Le reveil des forces politiques françaises, s'il se réalise, et la possible refonte des partis de droite et de gauche, installent encore un peu plus le flou sur les éléctions de 2017. Les Français éliront-ils Marine Le Pen, dont le parti n'a été à la tête que de communes jusqu'à présent ? Après le 13 décembre, où les français ont voté, dans les régions où la gauche s'était retirée entre autre, pour des listes dont ils désapprouvaient les idées afin de faire barrage au parti d'extrême droite, une victoire du FN semble encore lointaine. Il est pourtant certain que si le PS et Les Républicains ne réagissent pas rapidement en renouvellement leurs stratégies et en s'accordant en leur sein sur une ligne politique claire, le danger que le FN continu de progresser voir de gagner les élections est bien présent. En gardant à ses côtés Manuel Valls pour la fin de son mandat, François Hollande s'assure un soutien des forces de centre - droit en cas de victoire de Nicolas Sarkozy face à Alain Juppé aux primaires. Cependant sans une prise de conscience profonde de nos responsables politiques pour que le bien commun passe avant le risque d'échouer à une élection, le désintéressement et le désamour des français pour la classe politique pourrait s'intensifier, au profit , une fois de plus, du Front National.

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