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David Bowie : départ d’une étoile aux mille visages*Timothée de Rauglaudre

David Bowie nous a quittés, à 69 ans. Il laisse derrière lui une œuvre d’une diversité et d’une richesse extrêmes, dont le ciment est une magie hors du commun et un talent incontestable.

« And the stars looking very different today », faisait dire David Bowie à son personnage « Major Tom » dans la chanson Space Oddity, son premier titre à l’avoir fait largement connaître, en 1969, après avoir intégré le top five des meilleures ventes au Royaume-Uni. Les étoiles paraissent différentes aujourd’hui. Aujourd’hui, lundi 11 janvier 2015, le monde entier a appris avec stupeur le décès du chanteur britannique, à 69 ans, des suites d’un cancer contre lequel il s’est battu pendant 18 mois. Le mythique dandy du rock s’est éteint « paisiblement », entouré des siens, d’après son fils Duncan Jones. Souvent qualifié de « caméléon », David Bowie était un artiste aux multiples facettes, qui a touché à presque tout, tout en restant toujours dans une impressionnante cohérence, toujours entouré de la même magie, des mêmes histoires extraordinaires. David Bowie a créé des mondes entiers.

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Né David Robert Jones à Brixton, dans le sud de Londres, le petit David est très tôt marqué par les troubles mentaux de son demi-frère Terry Burns, de 10 ans son aîné, qui l’a initié à la musique, avant de se donner la mort. Adolescent, David se prend lors d’une bagarre au lycée un coup de poing qui lui endommage gravement l’œil gauche, donnant à jamais l’illusion que l’un de ses yeux est noir, alors que les deux sont bleus.

Les débuts dans les étoiles : « Space Oddity » et « Ziggy Stardust »

Il se lance dans la musique dès 1964, à l’âge de 15 ans, en créant divers groupes. C’est à cette époque qu’il adopte le nom de scène « David Bowie ». Il commence sa carrière solo en 1967 avec l’album David Bowie, encore assez faible musicalement. Après avoir été soudainement propulsé sur le devant de la scène avec Space Oddity, en 1969, il se lance dans sa période la plus productive, dite « glam rock », mouvement qu’il contribue à créer, dans la première moitié des années 1970. Il se teint les cheveux en rouge, sur le conseil de sa femme Angie Bowie, joue sur son ambiguïté sexuelle, et c’en est fait de sa starification, qui ne déclinera jamais. C’est alors que, en 1972, il dévoile au grand jour son cinquième album, de loin le plus fascinant, par l’univers qu’il crée, animé par des personnages mystiques : The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars, plus connu sous sa forme abrégée, Ziggy Stardust, du nom du héros du concept album, star du futur à l’allure androgyne.

Une carrière presque ininterrompue

Suite à la mort de Ziggy Stardust, sur la scène au cours de son Rock ‘n’ Roll Suicide, David Bowie s’essaie à nombre d’autres univers : une période inspirée de la soul et du funk puis sa « trilogie berlinoise », dont le célèbre album « Heroes », dans la seconde moitié des années 1970, ou encore l’album à succès Scary Monsters, comprenant le titre Ashes to Ashes, dans lequel il se moque de son « Major Tom », à qui il doit pourtant son succès, le traitant de « junkie ». Sa carrière ne s’éteint jamais réellement. Il sort en 2013 son avant-dernier album, The Next Day, et enfin, le 8 janvier 2016, quelques jours avant sa mort, son ultime opus : Blackstar, qui sonne comme un testament.

La (bi)sexualité au centre de son œuvre

La sexualité de David Bowie est intimement liée à l’ensemble de son œuvre, fait partie intégrante de son art. Il dévoile au grand public sa bisexualité en 1972, dans une interview pour la revue musicale britannique Melody Maker. Il est alors difficile de déterminer si c’est bien lui, ou alors son alter ego Ziggy Stardust, qui s’exprime. Il l’évoque de nouveau en 1976 dans Playboy : « C’est vrai, je suis bisexuel. Mais je ne peux pas nier que cela m’ait aidé. Je pense que c’est la meilleure chose qui me soit jamais arrivée ». Puis il s’en distancie pendant les décennies 1980 et 1990, comme un retour au placard. Il avouera au début des années 2000 que ce changement radical de discours était lié à sa carrière en Amérique, qu’il jugeait « très puritaine », ce qui l’avait « empêché de faire beaucoup de choses ». L’un des amants notoires de David Bowie a été Mick Jagger, célébrissime icône des Rolling Stones, avec qui il reprenait le titre endiablé Dancing In The Street en 1985. Angie Bowie, son ex-femme, confiait récemment au tabloïd britannique The Sun, à propos de son mari : « C’était un amateur des parties à trois, avec les femmes comme avec les hommes ». Et elle en était. En 1975, elle découvre Mick Jagger dans le lit conjugal, dévêtu aux côtés de son mari. « Il n’étaient pas juste dans le lit, insiste-t-elle. Ils étaient nus ». Sa réaction ? Leur préparer un petit déjeuner.

Révolutionnaire de la musique

L’interprète de Starman est parti pour de bon flotter parmi les étoiles. Mais il restera dans l’esprit de toutes les générations, comme un génie qui a révolutionné la musique, et quelque part, « changé la vie », comme l’écrivait le jeune Arthur Rimbaud, lui aussi attiré par les garçons et regardé de travers.


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