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Dilma Rousseff face à une impasse*Yanis Bentouta

Dilma Rousseff a été réélue à la tête du gouvernement brésilien, le 26 octobre 2014, face au candidat d’opposition de centre gauche (Parti de la social-démocratie brésilienne), Aécio Neves avec plus de 51.6 % des voix. Elue de justesse par les électeurs, D.Rousseff est confrontée à une série de crises qui impactent fortement la crédibilité de sa politique intérieure.

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La présidente brésilienne doit faire face à une multitudes de manifestations rassemblant près d’1.5 millions de citoyens dans les plus grandes villes du pays ( Rio de Janeiro, Sao Paulo, Brasilia…). Ils représentent majoritairement l’opposition (seulement 1% d’électeurs ayant votés pour D.Rousseff manifestent). Paradoxalement, se sont les classes moyennes, la population « blanche » qui se déplace dans les rues. Ils dénoncent la corruption politique qui ébranle le pays suite au scandale Petrobras. Les brésiliens expriment leur mécontentement de l’augmentation générale du coût de la vie, des excès des forces de l’ordre, de la médiocrité des infrastructures ou du coût exorbitant de la Coupe du Monde 2014 et des Jeux Olympiques 2016. Puis ils témoignent de leur indignation face à la crise économique du pays. Le Brésil est rentré dans une phase de récession, la croissance est fortement ralentie. En 2010, la croissance économique était de 7,5 % alors qu’on attend pour l’année 2015, une croissance estimée à 0,5 %.

Pourtant, pendant ses quatre premières années, la présidente avait fait de la lutte contre la pauvreté sa priorité avec des plans sociaux mis en place (Bolsa Familia, l’augmentation du SMIC), ce qui a certainement permis sa réélection en 2014. Mais la dirigeante fut vite rattrapée par de nombreux scandales. Tout d’abord, par l’affaire Petrobras, le géant pétrolier est accusé d’avoir versé d’importants pots de vins à des célébrités politiques et économiques dont Dilma Rousseff pour former un cartel avec certaines entreprises du BTP pour se partager les marchés publics. Les chiffres évoqués sont de trois milliards de reais, voire trois fois plus selon plusieurs sources.

Par ailleurs, un nouveau scandale éclaboussa la chef du parti des Travailleurs. En effet, en pleine période électorale, D.Rousseff a camouflé l’aggravation du déficit budgétaire en contournant les contrôles habituels. Elle a joué d’un « drible social » en demandant aux banques de financer les dépenses sociales. La cour des comptes fédéraux (TCU) a donc rejeté la gestion des comptes publics de l’année 2014. Même si la TCU n’a aucune valeur contraignante, l’opposition dénonce « un crime de responsabilité ». Ils ne manqueront pas d’utiliser cet argument de poids pour demander l’impeachment (la destitution) de la présidente. Suite à ce scandale politique, une procédure judicaire a été ouverte sur la campagne électorale de la candidate sortante. Les peines encourues vont de la simple amende à l’annulation du mandat. Les récents sondages effectués, seulement 8 % de la population auriverde exprime une opinion favorable envers la chef du gouvernement. Ces statistiques font d’elle la présidente la plus impopulaire de l’histoire de la République brésilienne.

Dilma Rousseff est face à une impasse, la présidente de la septième économie du monde doit faire face à une crise politique intérieure qui est loin d’être résolue. Son mandat court encore jusqu’en 2018 et elle doit réussir à inverser la vapeur pour mener à bien ses intentions économiques et sociales.

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