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Regain de tension entre Riyad et Téhéran*Nicolas Le Hérissé

La tension est à son paroxysme entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. Un conflit qui remonte au début de l’islam entre les chiites et les sunnites, ravivé après l’exécution par Riyad d’un chef religieux chiite.

L’exécution par l’Arabie Saoudite d’un chef religieux chiite a ravivé les tensions déjà maximales entre Riyad et Téhéran. Le royaume saoudien a annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec Téhéran. C’est la deuxième fois que les deux puissances régionales interrompent leurs relations diplomatiques. Le Bahrein, les Emirats Arabes Unis et le Soudan ont également mis un terme à leur relations diplomatiques avec la République islamique d’Iran.



Qu’est-ce qui a déclenché cette escalade entre Riyad et Téhéran ?

L’exécution de Nimr Baqer al-Mimr, chef religieux chiite et virulent opposant au régime saoudien, a mis le feu aux poudres entre les deux grandes puissances rivales de la région. Le religieux chiite a été décapité avec quarante-six autres personnes accusées de terrorisme par l’Arabie Saoudite. L’homme de 56 ans était connu comme le porte voix de la minorité chiite (15% de la population) en Arabie Saoudite. Cette exécution a engendré de nombreuses contestations au Moyen-Orient et a ravivé les tensions entre l’Arabie Saoudite sunnite et l’Iran chiite. A Téhéran, les manifestations anti-saoudiennes se sont multipliées ces derniers jours. L’ambassade saoudienne en Iran a été en partie incendiée par des manifestants iraniens. De nombreux manifestants s’étaient rassemblés a proximité de l’ambassade en scandant «Mort à al-Saoud », du nom de la famille qui règne sur le royaume saoudien depuis 1744. La contestation s’est également propagée dans d’autres pays ou vie une importante population chiite, comme en Irak, au Liban et à Bahrein. Pour l’ayatollah Khamenei, le guide suprême iranien, cette exécution ne pourra rester impunie. « Sans aucun doute, le sang de ce martyr versé injustement portera ses fruits et la main divine le vengera des dirigeants saoudiens », a t-il averti. Le président iranien Hassan Rohani a également condamné l’exécution du dignitaire chiite tout en jugeant « injustifiable » les attaques contre l’ambassade saoudienne à Téhéran.

Pourquoi les tensions sont-elles si tendues entre les deux pays ?

Les deux puissances, l’une chef de file du sunnisme, l’Arabie Saoudite, et l’autre, chef de file du chiisme, l’Iran, s’affrontent par procuration dans plusieurs pays du Moyen-Orient. C’est le cas au Yémen, ou l’Arabie Saoudite a pris la tête d’une coalition de pays arabes sunnites contre des rebelles houthis (branche du chiisme) soutenus par l’Iran. En Syrie, Téhéran soutient militairement et financièrement le régime de Damas contesté par une insurrection à majorité sunnite. Enfin, Riyad et Téhéran s’affrontent à Bahrein, pays à majorité chiite mais dirigé par une minorité sunnite qui mène une politique d’exclusion au détriment de la population chiite.

L’Arabie Saoudite et l’Iran se livrent une lutte sans relâche pour avoir le leadership sur la région et ainsi développer l’espace d’influence du sunnisme ou du chiisme, les deux branches majoritaires de l’islam. Riyad voit d’un mauvais oeil le retour de l’Iran sur la scène internationale depuis l’accord sur le nucléaire iranien signé entre Téhéran et les Etats-Unis en juillet 2014.

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