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France - Iran : je t’aime, moi aussi*Antoine Desachy, chef du service économie

Si l’année 2016 marque le grand retour diplomatique de l’Iran, celui-ci souhaite aussi se réinsérer dans l’économie mondiale afin de tourner définitivement le dos à une décennie d’isolement tant politique qu’économique. Fort heureusement pour Hassan Rohani, les français sont bien décidés à l’aider à réaliser ces objectifs: de nombreuses bouteilles de champagne ont du être sabrées dans les bureaux des entreprises du CAC40 à la suite du voyage à Paris du président Iranien. Car si le français s’est fait distancer par l’anglais comme principale langue diplomatique, les français restent cependant les rois de la diplomatie… économique.

Crédit image : Pool/Reuters

Un enjeu de poids

L’Iran représente en effet un enjeu économique de poids. Le pays, stratégiquement situé entre l’Europe et l’Asie orientale, dispose d’une population jeune, dynamique et éduquée de 80 millions d’habitants ainsi que d’une classe moyenne importante. Le potentiel de croissance est ainsi énorme, d’autant plus que l’Iran cherche définitivement à relancer son économie mise à mal par les sanctions occidentales (mais ayant néanmoins réussi à croitre de 4,3% l’année dernière). Pendant 10 ans, l’Iran a en effet été sous embargo américain et européen du fait de son programme de développement nucléaire, limitant grandement les échanges et la croissance d’un pays ayant pourtant un gros potentiel. Les grandes entreprises occidentales durent alors se retirer de ce marché dynamique. Cependant, la donne semble plus favorable pour l’Iran depuis la signature de l’accord sur le nucléaire du 14 juillet 2015 avec les principales puissances occidentales et la Russie. L’AIEA, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, a ainsi souligné récemment les efforts faits par l’Iran pour respecter cet accord, ce qui a permis aux sanctions économiques et financières imposées par l’ONU d’être levées. Le pays à cette date est apparu alors comme un Eldorado économique à saisir.

La France gagnante

Pour profiter de la fin de cet isolement imposé, l’Iran multiplie les partenariats économiques afin de consolider ses nouvelles alliances de raison ainsi que de relancer son économie. La France semble la grande gagnante de ce retournement de situation. Il faut dire en effet que les sanctions économiques sur l’Iran furent un coup dur pour de nombreuses entreprises françaises. Ainsi Air France fut contrainte de supprimer son vol quotidien Paris-Téhéran, Total dû cesser de s’approvisionner en pétrole iranien, mais surtout PSA, qui représentait 30% du marché automobile iranien, fut forcé de mettre la clé sous la porte en Iran du jour au lendemain. Ce repli français s’illustre par une chute des échanges commerciaux entre les deux pays: les importations sont passées de 1,77 milliards d’euros en 2011 à 44 millions d’euros en 2014, tandis que les exportations sont passées de 1,66 milliards d’euros en 2011 à 293 millions en 2014. C’est pourquoi la visite du Président iranien était attendue avec impatience dans le milieu des affaires français. Cette visite fut en effet fructueuse pour l’économie française et les promesses de contrats furent nombreuses: Peugeot et Iran Khodro ont annoncé la création d’une coentreprise pour produire et vendre dès 2017 en Iran 200 000 véhicules de la marque Peugeot, Aéroports de Paris et Bouygues vont reconstruire un des terminaux de l’aéroport de Téhéran et Vinci va construire deux nouveaux aéroports dans le pays, Total va acheter 200 000 barils de brut par jour à l’Iran, Accor a déjà ouvert un Novotel et un Ibis à Téhéran et souhaite continuer dans sa lancée, Séphora veut ouvrir 7 magasins en Iran d’ici la fin de l’année, Sanofi a annoncé un accord avec le Ministère de la Santé iranien, Alstom va construire une ligne grande vitesse entre Téhéran et Mashhad, la SNCF va gérer des gares iraniennes, Air France va rouvrir la ligne Paris-Téhéran, Airbus va livrer 118 avions pour un montant de 25 milliards de dollars, et le constructeur franco-italien, ATR, 40 avions, etc. Bref, c’est plusieurs milliards de dollars de promesses de contrat qui ont été faites en l’espace de deux jours à Paris.

L’Iran gagnant

Si la France gagne de la réouverture du marché iranien, nul doute que le plus grand gagnant reste l’Iran lui-même. En effet, cette réinsertion va non seulement lui permettre de consolider son développement, mais cela va aussi accroitre sa place à l’international et rendre plus difficile un retour des sanctions économiques (on imagine mal la France plaider aux Nations-Unies pour une remise en place des sanctions économiques après les juteux contrats qu’elle vient de signer). Ainsi, au-delà des enjeux économiques, les enjeux politiques sont cruciaux. L’Iran cherche à détourner les puissances occidentales de leur alliance avec l’Arabie Saoudite, son éternelle rivale, en renforçant les liens économiques avec ces puissances. Par ailleurs, la levée de l’embargo va permettre à l’Iran de se moderniser, comme notamment dans l’industrie aérienne qui souffrait de l’interdiction d’acheter des pièces détachées aux entreprises occidentales (et pire encore d’acheter un avion entier) depuis 1995. La flotte d’Iran Air va pouvoir être entièrement renouvelée. Le même processus aura lieu dans de nombreux secteurs. On aurait donc tort de comparer la signature de tous ces accords à du néocolonialisme économique. L’acteur profitant le plus de ces contrats, même si le prix à payer est élevé, est bien l’Iran qui y gagne tant sur l’aspect politique qu’économique.

Un pari risqué

Tous ces contrats restent encore néanmoins très fragiles, et le chemin est encore très long pour que l’Iran réintègre définitivement le concert des Nations. Les contrats sont en effet suspendus à l’obtention de financement, et les banques françaises sont réticentes à s’aventurer en Iran après l’amende record de BNP Paribas, condamné à verser 8,9 milliards de dollars en 2015 pour avoir violé l’embargo américain. De même, l’isolement de l’Iran pourrait très vite être à nouveau effectif si les Républicains, et en particulier Donald Trump, gagnent les élections présidentielles américaines de 2016. Enfin, l’Iran est régulièrement pointé du doigt par les classements internationaux pour des problèmes de violation des droits de l’homme, de corruption ou encore de pollution: il va falloir du temps pour que l’opinion publique internationale ait une bonne vision de ce pays. Le pari sur le grand retour de l’Iran est donc on ne peut plus risqué: seul le temps nous dira s’il valait le coup d’être pris ou non !

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