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Front National, quel programme pour 2017 ?*Louise Bigot

Les scores électoraux du Front National sont, scrutin après scrutin, de plus en plus élevés. De quoi inquiéter les ténors de droite et de gauche confondus. Alors qu'une majorité de la classe politique s'entend à désavouer le FN, peu sont ceux qui s'attaquent réellement à son programme. Tout comme de nombreux électeurs qui ne connaissent au final que ce qui fait le fer de lance du FN : lutte contre l'immigration, sécurité, euroscepticisme. Ces maîtres mots frontistes s'inscrivent dans une ligne à la mode pour des français déçus : des propositions très ambitieuses qui incarnent avant tout le changement dans une France sclérosée, tant économiquement que socialement. Mais derrière ces slogans électoraux, quel est le réel programme du FN ? Quelles sont les mesures qui seront mises en œuvre si Marine Le Pen est élue à la tête de l’État en 2017 ? Sont-elles réalisables ? Diffèrent-elles vraiment de celles proposés par les autres partis ?

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Un programme qui reste dans la ligne traditionnelle du parti

D'un point de vue économique, migratoire ou encore diplomatique, le programme du FN de Marine Le Pen reprend de nombreuses idées de son fondateur, Jean-marie Le Pen, évincé du parti qu'il a créé par sa fille à cause de ses propos sur les chambres à gaz le 20 Aout 2015.

Traditionnellement dénoncée par le FN, la « dictature européenne » est aujourd'hui au cœur de la réthorique frontiste. En 2002, le passage à l'euro a entraîné une inflation générale des prix au final assez mesurée, + 0,2 %, mais bien plus importante sur les produits à bas prix : le prix d'un café a augmenté de 6 % entre l'été 2001 et le printemps 2002. Le retour au franc est donc pour beaucoup synonyme d'un retour à la situation des années 80-90 où, malgré le chômage qui s'installait, la France enregistrait une croissance d'1,5 à 2 % par an et où les français disposaient d'un pouvoir d'achat plus important. En 2014, 74 % des français déclairaient n'avoir pas confiance en l'avenir économique de la France. Situation morose, qui, si elle ne s'est pas dégradée, ne s'est sans doute pas améliorée durant l'année 2015, rythmée par la hausse du chômage, les conflits sociaux et les attentats. En proposant un changement radical, la sortie de l'euro, en lequel la France nostalgique, et surtout la jeunesse désabusée, peut avoir confiance, le FN apparaît comme l'unique voie de l'espoir, le seul changement où il est possible de croire sans être déçu. En sortant de l'euro, Marine Le Pen espère redonner à la France une certaine autonomie vis-à-vis de l'Europe, aujourd'hui désavouée par un tiers des français. Le FN se nourrit ici de l'abscence de réel débat sur le sujet : la zone euro et plus largement l'Union européenne sont aujourd'hui synonymes des dettes grecques à payer ou d'une crise migratoire mal gérée. Comment ne pas en faire le bouc-émissaire de la situation catastrophique de la France ? Ce qui est vu comme une instance loitaine composée de bureaucrates dirigés d'une poigne de fer par Angela Merkel ne passionne plus les français : 57 % se sont abstenus lors des dernières éléctions européennes.

Le patriotisme économique est l'autre grand slogan lepenniste lancé par Jean-Marine Le Pen et repris par sa fille, pourtant défendu en 2012 par l'ancien ministre du redressement productif, Arnaud Moutebourg, membre du PS. Le projet du FN serait de mettre en place une augmentation ciblée des droits de douane pour pallier aux différences de prix entre les productions françaises et celles des pays où le coût du travail est moins cher. Une loi « Achetons français » contraindrait également les entreprises et les collectivités territoriales à acheter français. Protectionnisme économique qui est aujourd'hui impossible : la France est membre de l'Organisation Mondiale du Commerce et signataire du GATT 1994. A ce titre, l'augmentation des droits de douane, et cela pour certains pays seulement, reviendrait à une sortie pure et simple de l'OMC : les produits français exportés seraient alors taxés très fortement face à ceux provenant des pays signataires du GATT 1994. Un effet pervers non négligable. La France, en tant que membre de l'Union Européenne, ne peut pas instaurer des droits de douane aux marchandises en provenance de l'UE. Cette idée, défendue aussi bien par des personnalités de gauche, comme Montebourg, que par Marine Le Pen , est présentée et ressentie comme la solution miracle. Après l'échec de l'appel de Montebourg à acheter français, jouer sur les droits de douane est la seule solution. Solution qui signifie sortie de l'Union européenne et de l'OMC. La procédure, très longue, risque d'isoler la France, autant d'un point de vue diplomatique qu'économique et de provoquer une forte inflation assortie d'une baisse du pouvoir d'achat.

Les PME/TPE (petites et toute petites entreprises) sont le moteur de la reprise économique version FN. Les mesures d'aide, comme la simplification des démarches administratives, la diminution des impôts, l'accès facilité à l'emprunt ou encore un crédit d’impôt particulier pour les PME et TPE innovantes, auront pour but de reconstruire le tissu économique français. Associées à une augmentation des impôts et une baisse des aides pour les grandes entreprises, ces mesures cherchent à consolider les PME et TPE, « vivier de l'emploi » selon le FN. Des idées qui ont pour effet de redonner espoir à des entrepreneurs débordés par les impôts, les charges salariales qui désincitent à l'emploi et les démarches administratives.

D'un point de vue social, le programme de Marine Le Pen garde les marques d'un parti très conservateur. Le FN milite pour le versement d'un salaire aux parents ne travaillant pas pour élever leurs enfants. Marine Le Pen, comme son père en 2002, ne se prononce pas explicitement à propos l'avortement mais parle de « libre choix pour les femmes qui doit pouvoir être aussi celui de ne pas avorter » à travers la possibilité d'une adoption prénatale entre autre. La natalité doit être aussi un moteur de la reprise économique et assurer l'avenir de la France. L'éducation, toujours fondée sur l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et des nombres dans le primaire, ainsi que sur un collège plus diversifié où les filières professionnelles sont mises en avant, se veut avant tout méritocratique et davantage disciplinée. Plus de discrimination positive ou autres quotas sociaux pour les entrées dans les grandes écoles par exemple. Une mesure de droite pour réévaluer l'école publique, qui se vide aujourd'hui au profit du privé et qui, à force de se perdre dans des nouvelles pédagogies qui ne prouvent que peu leur efficacité, laissent sur le banc parents et enfants.

Un des grands thèmes du FN, la lutte contre l'immigration, attire les français. Alors que l'Europe traverse une des pires crises migratoires de son histoire, que des lieux de non-droit où règnent terreur et misère naissent sur le territoire français et que des migrants ont agressé sexuellement des femmes dans diverses villes européennes, l'immigration fait peur. Immigration synonyme également d'insécurité voire de risque terroriste accentué après les attentats du 13 novembre. Une immigration donc très encadrée, avec reconduites à la frontière systèmatique des immigrés clandestins et quotas. L'autre grande réforme que Marine Le Pen voudrait mener au sujet de l'immigration serait de supprimer le droit du sol, qui permet aux enfants nés en france de parents étrangers et vivants en france de recevoir la nationalité française à leur majorité. La priorité nationale serait également de mise dans les entreprises pour favoriser l'embauche de travailleur français, quelque soit leur origine. Une loi qui, même si elle était adopté, serait en contradiction avec la legislation européenne pour lutter contre la discrimination à l'embauche.

Comme son père, Marine Le Pen défend une « tolérance zéro » face à la déliquance et au grand banditisme. Suppression des minima sociaux pour les déliquants récidivistes, reconstitution des effectifs de police, « pression policière » dans les quartiers les plus difficiles : des propositions qui répondent à une demande concrète des français dans des quartiers transformés en zones de non-droit. Au final, les nombreux échecs des politiques de sécurité des précédents quinquennats ne laissent entrevoir qu'une dernière solution : la tolérance zéro, au détriment d'un dialogue social, d'une éduction à la citoyenneté et de mesures de prévention, pourtant essentiel pour maintenir un climat serain. Trop de forces de l'ordre, c'est installer une méfiance accrue qui risquent de faire s'envoler les chiffres des incivilités . Dans la continuité de la lutte contre l'insécurité, la justice sera également réformée : refus de la politisation des magistrats, application effective de toutes les peines de prison... afin de rétablir une vraie confiance dans l'appareil judiciaire, considéré comme laxiste et orienté. Une vision peu réaliste car elle signifierait la suppression de certains syndicats de magistrature, ce qui est interdit actuellement par la loi et qui pourrait entraîner de profonds conflits sociaux.

Enfin, la France du Front National est une France forte et indépendante, non seulement économiquement mais aussi diplomatiquement. Quitter l'OTAN, refuser l'hégémonie des Etats-Unis : des idées déjà défendues par le Général de Gaulle qui avait fait sortir la France de l'OTAN en 1966 et l'avait dotée de l'arme de dissuasion nucléaire. Aujourd'hui, la France n'a pourtant plus l'aura internationale d'autrefois. Quitter l'OTAN, ce serait se marginaliser sur la scène internationale et encore perdre un peu plus d'importance dans la diplomatie internationale.

Autrement dit, des mesures qui visent toutes à redonner à la France son indépendance tout en faisant un territoire certe attractif socialement, mais seulement pour les français. Des idées toutes puisées dans les racines du FN qui ont pour mot d'ordre de rendre aux français le pouvoir, avec l'oganisation de référendums pour les réformes les plus importantes. Pourtant, depuis que Marine Le Pen est à la tête du parti, la ligne traditionelle s'effrite au profit d'idées plus modernes et plus électorales.

Un programme en pleine mutation

Bien loin de la ligne libérale défendue par le FN de Jean-Marie Le Pen, la nouvelle présidente du parti critique ouvertement les privatisations des services publics, l'austérité demandée par Bruxelles et les marchés financiers. Un virage à gauche destiné aux classes les plus modestes désabusées qui ont perdu confiance dans la gauche traditionnelle et qui veut promouvoir un parti ni de droite ni de gauche qui valorise la France avant tout.

Réputé pour avoir un électorat plutôt aisé, le FN fait aujourd'hui la guerre aux plus riches en faisant passer la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu à 46 %. Il y a un peu plus de 10 ans, le même parti militait pour une suppression pure et simple de l'ISF... Bien loin des 75 % d'imposition défendu par l'actuel président de la République lors de sa campagne en 2012, cette mesure est une autre preuve d'un certain revirement idéologique au sein du parti. Les augmentations de salaire pour les plus modestes, déjà énoncées dans le programme de Jean-Marie Le Pen pour les présidentielles de 2002, plus 200€ pour les revenus mensuels inférieurs à 1500€, ou la revalorisation des pensions de retraite, sont également les grands slogans du Front de Gauche, qui milite pour un SMIC à 1800€. Figurent aussi dans le volet « social » du programme de Marine Le Pen la baisse de 20 % de la taxe sur le carburant, l'encadrement des taux de crédit à la consommation et des crédits immobiliers ou encore le retour de la retraite à 60 ans. Une politique de relance de la demande qui, en alliant augmentation des salaires avec protection du statut des fonctionnaires, prend des allures keynésiennes. Ces diverses augmentations riment avec envolée de la dette, et même si Marine Le Pen réduit fortement le train de vie du pouvoir comme elle le promet, cela ne suffirait sans doute pas.

Le changement est assez radical au niveau de la santé et mieux adapté à la problématique actuelle de déserts médicaux dans les campagnes. Alors que le FN basait son programme sur la diférenciation français/étrangers pour les prises en charges médicales et la réduction des remboursements faits par la sécurité sociale, le maître mot est aujourd'hui l'accès aux soins pour tous et la lutte contre la fraude à la sécurité sociale. Une mesure qui rejoint la ligne politique de revalorisation de la France rurale, France qui ne représente qu'un part de plus en plus maigre des français mais qui subit de plein fouet l'abandon des campagnes par les services publics.

Entre opposition à l'avortement et politique familiale visant à réduire le nombre de femmes qui travaillent, le FN s'attire les foudres des organistations féministes. L'irruption des Femens, seins nus, lors du discours de Marine le Pen le 1 mai 2015 en est le dernier exemple frappant. Dans sa tribune pour le site Opinion.fr, après les agressions sexuelles de Cologne la nuit du 31 décembre, la présidente du FN allie féminisme et lutte contre l'immigration : « La […] conséquence dramatique de la crise migratoire tient à la situation de la femme. Si celle-ci est encore l’égale de l’homme en droits, la réalité est qu’elle ne peut plus jouir comme un homme de ces mêmes droits ! » Droits qui ont été et sont encore largement remis en cause par les programmes de divers candidats du FN, comme la promesse de Marion Maréchal Le Pen, qui avait promis de fermer les plannings familiaux dans la région PACA où elle était candidate pour les dernières éléctions régionales. Simple réthorique médiatique ou réel revirement idéologique ? Marine Le Pen, divorcée, et qui pourrait devenir la première femme présidente de la République française, garde une position très floue sur le droit des femmes en France.

Le FN, bien loin d'être un parti libéralo-nationaliste d'après guerre, qui puisait dans les polémiques sur l'occupation et l'antisémitisme pour faire parler de lui, s'inscrit dans une ligne moins extrême. Ou peut-être simplement plus moderne. Les déclarations polémiques de Jean-Marie Le Pen qui défrayaient la chronique ne sont plus souhaitables, comme le montre l'éviction du fondateur du parti en août dernier. Le tournant, tant idéologique que politique, montre la soif de pouvoir de sa présidente, Marine Le Pen. A travers un programme plus ciblé, une communication moins polémique, elle met en œuvre la dédiabolisation du parti d'extrême droite. Transformer un parti protestataire en parti de gouvernement au final. Le FN, qui revendiquait son antisémitisme, fait place nette. Dans son programme, Marine Le Pen défend une laicité stricte et l'immigration zéro, tout en rappelant les racines judéo-chrétiennes de la France et le danger de l'islamisation du pays. Contrairement à son père, Marine Le Pen se garde bien de tenir des propos islmamophobes et, dans son programme, ne parle que de « combat contre le communautarisme et le fondamentalisme islamique ». Elle joue donc sur deux tableaux : elle laisse entendre d'une part que les musulmans modérés et laïques ont une place au FN tout en sous-entendant, à travers son projet de création d'un grand ministère de l'immigration et de la laicité, que la crise de la laicité que vit actuellement la France est uniquement liée à l'immigration. Vision partagée par de nombreux français appeurés par les dérives communautaires et l'islam radical. Le FN se donne l'image d'un parti moderne, libéré de ses démons, tel que le voulait Bruno Maigret en 1999 lorsqu'il a quitté le parti. Aujourd'hui le FN cherche à rassembler à travers un mot d'ordre certe très dur mais qui laisse tout de même une place à tous, français et immigrés intégrés, patriotes et laïques, sans racisme, du moins sur le papier.

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