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L'Édito politique #67 : Presse d’opinion, quid de l’information ?*Théo Moy, chef du service politique

Face aux nombreux défis que rencontrent l’Europe et la France, face aux questionnements identitaires, à la montée des « extrêmes », de nombreux médias semblent se sentir investis d’un devoir moral d’engagement. Nos journaux portent en leurs gênes l’héritage des affaires Dreyfus et Stavisky… La fin d’une certaine neutralité est-elle pour autant souhaitable ?

Presse française n’a jamais rimé avec objectivité. Politis rapporte dans un hors-série publié l’été dernier qu’en 2004, pas moins de 19% du contenu du Monde relevait de l’opinion contre 5% de celui du New York Times. Le Monde, oui, ce journal que l’on a si longtemps vu comme le symbole d’une presse de référence, indépendante et objective… Possédé comme L’Obs par Matthieu Pigasse, énarque proche du PS, Le Monde semble avoir mis entre parenthèses son objectivité reconnue. Ces derniers mois, le journal né sur les ruines du Temps en 1944 s’est particulièrement engagé pour dénoncer, en cœur avec Libération et Najat Vallaud-Belkacem, les « pseudo-intellectuels » qui feraient « le jeu du Front National ».

Ah ! Le Front National… c’est bien ce dernier qui est au centre de tous les débats et de toutes les prises de positions dans nos journaux. A la veille des dernières élections, la direction de « La Voix Du Nord » a croisé le sabre avec le parti frontiste, scandant dans un réquisitoire de plusieurs pages que Marine Lepen et elle n’avaient « les mêmes valeurs ». Ces mots étant assez proches du vocable partisan, on peut s’interroger sur la justesse de cette implication. En agissant de la sorte, les médias n’entrent ils pas exactement dans « le jeu du FN » ? Ce dernier ne se retrouve-t’il pas ainsi avantagé car libre de nourrir généreusement son discours anti-systémique ? Quand rumeurs et complots inondent la toile et les cours de récréation, s’engager, n’est-ce-pas pour un journal le risque de se voir décrédibilisé, et donc de ne plus pouvoir faire accepter les faits quand ceux-ci sont remis en question ? En fait, la question ne se poserait plus si une clarification était faite. Séparer visiblement ce qui relève de l’opinion et de l’information dans son média, cette simple mesure permettrait de restaurer une certaine confiance entre journalistes et citoyens.

La jeune génération de journalistes, bien au fait de son temps et de ses travers, a un grand rôle à jouer dans la bataille pour restaurer le réel. C’est dans ce sens que se développent les bienvenues cellules de « fact checking ». En 2016, contre les complotistes, idéologues et démagos, un seul parti est viable, celui des journalistes !

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