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Quelques complications pour une coalition en Espagne*Rémi Hannotel

« Je suis conscient de l'immense honneur que suppose le fait d'être chargé de cette tâche et les difficultés qu'elle entraîne ». C’est ce qu’a déclaré mardi 2 février Pedro Sanchez, le secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) désigné par le roi Felipe VI la tâche épineuse de tenter de former un gouvernement en Espagne après l'échec de son rival de droite, le sortant Mariano Rajoy, qui n'a pas obtenu les soutiens nécessaires.

Le vendredi 5 février, Pedro Sanchez, a rencontré Pablo Iglesias, le leader de Podemos, pour examiner une éventuelle alliance gouvernementale. « Il y a des points qui nous séparent les uns des autres, mais il y en a un qui nous unit : que nous devons mettre fin au gouvernement de Mariano Rajoy et du Parti populaire [PP, conservateur] », a conclu M. Sanchez. Ce dernier qui, par ailleurs, a regretté que Podemos pose comme condition, pour continuer les négociations, d’en exclure Ciudadanos, le parti centriste, libéral et antinationaliste.

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Si la formation d’une coalition de gauche est encore incertaine, les pourparlers en vue de former une coalition restent complexes en raison de la rivalité entre les deux anciens partis dominants, le PP et le PSOE, et leurs nouveaux concurrents. Aux partis traditionnels se sont en effet ajoutées deux nouvelles formations, Podemos (gauche radicale, 65 élus avec ses alliés) et Ciudadanos (centre libéral, 40 députés), ayant en commun la dénonciation de la corruption de l’establishment (NDLR classe dirigeante). Leur émergence a mis fin à un bipartisme qui durait depuis plus de 30 ans, qui permettait la formation aisée de majorités parlementaires. En outre, la formation d’une coalition reste difficile en raison de lourdes divergences sur les sujets de fond tel l’austérité, la lutte contre la corruption, la réforme du marché du travail ou encore la question territoriale.

En effet, la question territoriale est le principal point de divergence entre Podemos et PSOE. Il porte sur les revendications des indépendantistes catalans, qui viennent de parvenir à former un gouvernement régional malgré les difficultés rencontrées. Alors que les socialistes s’engagent à défendre « l’intégrité de l’Espagne » et à « réformer la Constitution vers un Etat fédéral qui garantisse l’unité d’une Espagne diverse », Podemos promet d’organiser un référendum sur « le type de relation territoriale que [les Catalans] désirent établir avec le reste de l’Espagne ».

À l’instar des conservateurs et des centristes de Ciudadanos, le PSOE s’oppose formellement à un référendum d’indépendance mais défend un nouveau statut d’autonomie pour la Catalogne, qui serait soumis au vote de la population. Cette formule pourrait permettre de contourner les blocages. D’origine catalane, Ciudadanos veut consolider le modèle actuel des régions autonomes.

Pedro Sanchez a deux possibilités pour former un gouvernement, il peut soit s'entendre avec sa droite (Ciudadanos) soit négocier sur sa gauche (Podemos). Ces deux partis ont en effet indiqué qu'ils ne feraient jamais partie du même gouvernement car ils sont diamétralement opposés sur les solutions à apporter à la fièvre indépendantiste qui s'est emparée de la Catalogne.

L'alliance avec Podemos paraît davantage réalisable en nombre de voix, mais Pedro Sanchez devra pour ce faire surmonter l'opposition d'une partie des militants socialistes, fermement opposés à Podemos et ses alliés qui défendent un référendum d'autodétermination dans la région du nord-est de l'Espagne dirigée par des séparatistes. Pedro Sanchez a du coup annoncé samedi qu'il soumettrait tout accord à ses militants. À savoir que Podemos avait proposé mi-janvier aux socialistes de former un gouvernement où son chef Pablo Iglesias aurait la vice-présidence et où serait créé un ministère consacré aux "pays" formant l'Espagne, un « chantage » selon certains socialistes, qui est resté sans réponse.


Toutes ces difficultés pour former un gouvernement en Espagne font qu’un sentiment d’agacement émerge, à en croire la déclaration de Pablo Iglesias, se plaignant de l’absence de négociations : « Je ne comprend pas comment on peut faire attendre les Espagnols de la sorte », en expliquant également que « Les Espagnols ne veulent plus attendre ». Alors que Pedro Sanchez a dénoncé « l’arrogance » de Podemos, laissant entrevoir des discussions rudes.

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