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Un remaniement pour la forme ?*Louise Bigot

Attendu depuis les régionales et précipité par la démission de Christiane Taubira, le remaniement ministériel qui nourrissait débats et spéculations, est enfin acté. Un peu plus d'un an avant les présidentielles, c'est la forme plus que le fond qui est visée. Pas de départ pour les piliers du gouvernement, Manuel Valls, Bernard Cazeneuze, Emmanuel Macron ou encore Jean-Yves Le Drian, soutenant la politique tant économique que sécuritaire du président Hollande. L'entrée au gouvernement des écologistes dans des ministères qui ne portent pas à polémique contrebalance le départ de Christiane Taubira, pour satisfaire l'électorat de gauche. Au sein de ministères comme le logement ou la culture, pas de risque de déclarations inadéquates avec la politique du gouvernement sur la déchéance de nationalité ou l'état d'urgence.

Crédit image : Stéphane De Sakutin/AFP

Quels ministères concernés ?

Mercredi le départ de Laurent Fabius du Quai d'Orsay pour rejoindre le Conseil Constitutionnel a ouvert la voie au remaniement ministériel sur toutes les lèvres depuis la démission du Garde des Sceaux, Christiane Taubira. C'est Jean-Marc Ayrault, ancien premier ministre, qui fait son grand retour au gouvernement en remplaçant Laurent Fabius.

Pas de changement pour Ségolène Royal au Ministère de l’Écologie, pourtant au cœur des spéculations ces derniers jours.

Ce remaniement signe avant tout le grand retour des Verts. Emmanuelle Cosse, présidente d'Europe Ecologie-Les Verts, remplace Sylvia Pinel au Ministère du Logement. L'écologiste Cécile Duflot avait elle même quitté ce ministère en mars 2014 quand Manuel Valls était devenu premier ministre, marquant la fin de l'union PS-Verts. Cette promotion marque le nouveau départ de l'alliance PS-EELV, essentielle pour espérer sauver les meubles en 2017. Le premier ministre reste pourtant dans sa ligne centriste en nommant comme secrétaires d'état deux écologistes contestataires, qui avaient quitté le parti en dénonçant sa « dérive gauchiste », Jean-Vincent Placé et Barbara Pompili . Un choix qui risque de décevoir l'aile gauche du PS.

Autre symbole d'ouverture pour rassembler ce qui reste de la grande famille de la gauche, Jean-Michel Baylet, ancien ministre sous Mitterrand, a été nommé ministre l'aménagement du territoire. Le parti radical de gauche, dont Jean-Miche Baylet est le président, compte désormais trois de ses membres au gouvernement.

Après ses bourdes à répétition, Fleur Pellerin quitte le gouvernement pour céder sa place à Audrey Azouley, ex-conseillère culture et communication du chef de l’État.

En tout, ce sont quatre nouveaux ministres et 6 secrétaires d'état qui font leur entrée au gouvernement. Changements qui, aussi minimes soient-ils dans l'impact qu'ils auront sur la politique de l’État, permettent de rétablir une parité stricte au gouvernement, promesse de campagne de François Hollande. Malgré tout, il n'y a plus de femmes à la tête de ministères régaliens depuis la démission de Christiane Taubira.


Le remaniement, étape essentielle avant 2017

Alors que le mandat de François Hollande tire à sa fin, le PS voit déjà d'un mauvais œil le bilan de ce quinquennat mouvementé. Entre hausse substantielle du chômage, virage sécuritaire et montée du FN, la gauche est plus que jamais affaiblie et divisée après 4 années au pouvoir. La démission de Christiane Taubira marque encore davantage le schisme au sein du PS. Schisme qui se révèle très dangereux pour les élections présidentielles de 2017, la gauche se divisant entre les pro-primaires et ceux qui considèrent que François Hollande est et restera le candidat naturel du PS. Le besoin de réaffirmer l'unité de la majorité est donc vital. Remobiliser l'électorat écologiste, les ouvriers attirés par les mesures sociales du FN et les sympathisants du PS déçus par la politique de François Hollande est essentielle pour éviter une débâcle dès le premier tour. L'échec du président sortant à l'issu du premier tour marquerai la fin d'un PS déjà fragmenté. Même s'il est évident que le gouvernement gardera sa ligne centriste et que ce remaniement est loin doter la France du « gouvernement de combat » tant attendu, l'implication des écologistes sera un gain non négligeable de voies. Aucun retour de frondeurs au gouvernement cependant, ce qui marque toujours un peu plus la scission dorénavant inévitable qui s'opère au PS.

Loin d'être exceptionnels, les remaniements semblent l'étape obligée des gouvernements à l'approche de l'échéance présidentielle :  un an et demi avant les présidentielles de 2012 pour Nicolas Sarkozy, un peu moins de 2 ans avant sous Jacques Chirac. Essentiels pour renvoyer l'image d'un gouvernement actif et mobilisé malgré l'approche des élections.

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