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Brexit : Faut-il y croire ?*Chloé Martin

Le Royaume-Uni va-t-il sortir de l'Union européenne ? Le Brexit aura-t-il lieu ? Le débat, initié par David Cameron lors de sa campagne pour un deuxième mandat, revient sur le devant de la scène avec un référendum annoncé pour le 23 juin prochain. Modern-Paper revient pour vous sur ce qu'est le Brexit et sur ses enjeux.



Pourquoi le Brexit ? Les Britanniques ont toujours revendiqué une position spéciale dans l'Union européenne. Déjà dans les années 1960, Charles de Gaulle en avait conscience lorsqu'il pose son veto à une entrée du Royaume-Uni dans l'Union : "La nature, la structure, la conjoncture qui sont propres à l'Angleterre diffèrent profondément de celles des États continentaux." C'est de ce statut spécial, négocié par Margaret Thatcher, que découle l'idée d'un Brexit (abréviation de "british exit"). Les Anglais réclament en effet certaines mesures en leur faveur, ce qui pourrait conduire à la sortie de l'Union européenne en cas de désaccord.

Le Brexit se révèle être une sorte de menace vers l'UE, brandie par David Cameron lors des élections pour son deuxième mandat en 2015. Quatre grands axes ont été présentés à Donald Tusk, président du Conseil européen. Ils concernent l'immigration et la libre circulation, le marché unique, la monnaie et la souveraineté : diminuer le poids des réglementations européennes sur les entreprises britanniques, renforcer le contrôle des parlements nationaux, ou encore limiter les aides sociales pour les nouveaux migrants européens... Autant de mesures qui ont fait l'objet de discussions les 18 et 19 février derniers et qui ont abouti à un compromis sur ce statut spécial. Cameron a par la suite annoncé qu'un référendum aurait lieu le 23 juin pour savoir si les Britanniques acceptent ou non ce compromis. Il a part ailleurs déclaré qu'il mènerait campagne pour le "oui", alors que sa position avait été jusque-là ambigüe : "Je suis convaincu que nous serons plus forts, plus en sécurité et en meilleure posture à l'intérieur d'une Union européenne réformée."

Quelles conséquences économiques et politiques ? L'ombre d'un éventuel Brexit planant sur l'Europe, les experts n'ont pas tardé à prévoir les conséquences d'une sortie du Royaume-Uni. De toute évidence, l'UE perdrait une de ses trois puissances économiques, également place financière mondiale avec la City. Mais les Britanniques y perdraient aussi. Simon Walker, figure du patronat, parle de "dix ans d'incertitude relative" avec la destruction d'emplois et un ralentissement de la croissance. Les argentiers du G20 sont aussi inquièts : sollicités par Cameron pour se positionner contre le Brexit, ils ont souligné "le choc d'une éventuelle sortie" qui pèsera inéluctablement sur l'économie mondiale. Quant aux partisans du "british exit", ils dénoncent un alarmisme exagéré, à l'image du maire de Londres, Boris Johnson.

Sur le plan politique, les avis divergent entre une catastrophe politique et un épouvantail qui freinerait les partis populistes des autres pays européens. Mais ce serait la politique intérieure qui serait la plus touchée. En effet, l'Écosse est profondément pro-européenne : si le Royaume-Uni devait sortir de l'UE, il signerait aussi l'indépendance des Écossais. Nicola Sturgeon, président du SDN, le parti national écossais, a ainsi affirmé son engagement pro-européen : "David Cameron peut jouer à la légère avec notre place en Europe, mais soyez sûrs que le SDN fera campagne pour que l'Écosse et le Royaume-Uni restent dans l'Union européenne".

Sport, culture, universités : ce qui peut aussi changer. Les domaines économique et politique ne sont pas les seuls concernés en cas de Brexit. Et oui, d'autre choses risquent de changer, ce qui n'est pas forcément une bonne nouvelle pour les étudiants européens et britanniques, ni pour les amateurs de football... En effet, si le Royaume-Uni sort de l'UE, le pays perdrait l'avantage des programmes Erasmus, car la libre circulation ne serait plus effective et des visas deviendraient nécessaires. De leur côté, les universités anglaises sont davantage favorables à un maintien dans l'Union, comme l'affirme Julia Goodfellow, présidente des universités britanniques et vice-présidente de celle du Kent : "Les étudiants britanniques bénéficient d'un enseignement prodigué par les meilleurs esprits d'Europe. Faire partie de l'Union européenne est une bonne chose pour nos universités et pour la science et la recherche qui améliore nos vies".

Quant au football, la Champion's league pourrait perdre de son prestige. Selon le vice-président de West Ham United, Karren Brady, deux tiers des joueurs européens évoluant en Grande-Bretagne ne pourront pas rester automatiquement dans le pays : ils devront demander un visa. De quoi attrister les supporters des clubs anglais qui feront peut-être leurs adieux à des joueurs comme David Silva (Manchester City). L'autre question soulevée dans le milieu sportif par le Brexit est la participation à l'Euro 2016. Le référendum tombe en plein milieu de la compétition : s'il s'avère que le Royaume-Uni quitte l'UE, les politiques européens auraient la possibilité d'exclure les pays anglo-saxons au niveau des quarts de finale. Situation qui serait, il faut l'avouer, totalement inédite.

Quoi qu'il en soit, le Brexit aurait de nombreuses conséquences dans tous les domaines de la vie politique, économique et sociale, tant au Royaume-Uni que dans les pays membres de l'Union européenne. Il faut donc attendre le 23 juin pour que l'avenir de l'UE soit fixé.

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