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Attentats Belgique : Bruxelles, du salafisme au terrorisme*Louise Bigot

22 mars 2016. 4 mois après les attentats de Paris, l'Europe est à nouveau touchée dans son cœur. Il n'a fallu que quelques heures pour que l’État Islamique revendique l'attentat suicide qui a visé l'aéroport et une station de métro de Bruxelles et dont le bilan est aujourd'hui d'une trentaine de morts et de 200 blessés. A peine 4 jours après l'arrestation de Salah Abdeslam, la réalité du risque terroriste vient frapper un Occident qui reprenait tout juste confiance en sa capacité de défense intérieure. Les questions sont nombreuses: quels liens entre les arrestations de vendredi 18 mars et ces attaques ? Pourquoi Bruxelles ?

Crédit image : Aimée Thirion/Libération



Quels liens entre l'arrestation de Salah Abdeslam et les attentats ?

Faut-il voir ces attaques comme un coup de boomerang après l'arrestation de Salah Abdeslam vendredi dernier ? Une vision sans doute assez simpliste quand on sait que la Belgique est impliquée depuis septembre 2015 dans le conflit syrien et qu'un attentat ne s'organise pas en 4 jours… Si l'arrestation d'un des cerveaux présumés des attentats de Paris a pu décidé le lancement de ces attaques, par peur de révélations de Salah Abdeslam ou par vengeance, leur organisation est sans doute bien antérieure, d'autant plus que les deux cibles sont des lieux majeurs de la capitale belge ayant un rayonnement au moins européen. Lors de son arrestation, Salah Abdeslam a pourtant bien affirmé qu'"il était prêt à refaire quelque chose".

Précipiter ces attaques après l'arrestation de Salah Abdeslam peut être aussi vu comme une piqûre de rappel. Non, les cellules djihadistes européennes sont toujours bien présentes, mettre Salah Abdeslam en prison ne doit pas être vu comme une victoire et les répercussions sont minimes : le message de l'Etat Islamique ne pouvait être plus clair.

Pourquoi Bruxelles ?

Au lendemain des attentats de Paris, on se rappelle des photos des rues de la capitale belge désertées par ses habitants. Peur qui prend aujourd'hui toute sa réalité surtout quand on sait que les kamikazes de l'aéroport ont été impliqués dans les attentats de Paris et avaient des liens directs avec Salah Abdeslam. Mais c'est avant tout l'implication belge en Irak et le communautarisme salafiste très présent dans le pays qui peuvent être les raisons du choix de Bruxelles.

Après la revendication des attentats par l'EI, il est probable que la Belgique paye son engagement contre Daech dans la coalition qui bombarde l'Etat Islamique en Irak. Plus gros pourvoyeur européen de djihadistes en Syrie proportionnellement à sa population, le pays est une cible privilégiée : de nombreux combattants islamistes, au moins 250, maîtrisent la langue, les usages belges tout en ayant développé une rancune voire une haine contre ce pays où ils ont grandi. La Belgique, qui compte un tiers d'immigrés musulmans, n'a réussi à les intégrer ni culturellement ni spacialement, à tel point que des quartiers, comme le tristement célèbre Molenbeek, sont devenus les lieux privilégiés des recruteurs salafistes et des plaques tournantes pour le djihadisme européen. Des attentats de Madrid à ceux de Paris en passant par l'assaillant du Thalys, les têtes pensantes de ces attaques sont toutes originaires de Molenbeek, quartier populaire de Bruxelles parfois surnommé « Molenbeekistan ». Dès 2012, le parti Islam, défendant l'instauration d'un état islamique appliquant la Charia en Belgique, a même réussi à trouver une place, certes minime mais non négligeable à la vue des idées qu'il défend, dans le paysage politique belge : en 2015, 2 % des habitants de la région de Bruxelles se disaient sympathisants du parti, selon un sondage de la Belgique Libre. Une situation qui reflète un certain malaise dans ce pays qui n'a pas sû relever le défi de l'intégration et qui en paye aujourd'hui le prix.

Une nouvelle page qui s'ouvre pour la défense d'une laïcité plus stricte ? Michel Sapin, dans sa très controversé déclaration sur "la naïveté belge" face au communautarisme, remet sur la table un sujet brûlant en France. Faut-il également sous entendre une naïveté face à une immigration non maîtrisé ? La Pologne a déjà annoncé qu'elle refusait désormais d'accueillir des réfugiés syriens. Après les attentats de Paris, les attentats de Bruxelles réaffirment la guerre de l'intérieur qui se joue en Europe, fragilisant l'édifice européen face aux questions de la sécurité intérieure, de la crise migratoire et de la laïcité.

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