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Cessez-le-feu en Syrie : une trêve partielle*Marion Sorant

Ces derniers jours beaucoup de journaux parlaient de la trêve en Syrie, jugée « globalement respectée ». Et pour cause, après avoir enchaîné échec sur échec, un accord était enfin trouvé entre un grand nombre de protagonistes comme l’annoncèrent les présidents Vladimir Poutine et Barack Obama, le 22 février. Mais qu’en est-il sur le terrain ?

Crédit image : Reuters/Bassam Khabieh

Il convient avant toute chose de revenir brièvement sur les termes de ce cessez-le-feu, entré en vigueur le samedi 27 février à minuit après vote des Nations Unies. Il prévoit l’acheminement de l’aide humanitaire dans les zones assiégées, et la fin des combats entre les rebelles, les troupes russes et gouvernementales. En revanche les groupes terroristes sont exclus de cet accord. Ainsi, seul 10% du territoire est concerné par la trêve, qui s’applique localement et non par province, comme l’explique cet article de RFI.

Pourtant les sceptiques sont nombreux. Déjà avant la mise en place les augures n’étaient pas bons, la Russie ayant intensifié ses bombardements à quelques jours de la cessation des hostilités. Si aujourd’hui l’accord semble tenir, cela reste très fragile, des violations ayant été commises par les rebelles et le régime, ainsi que la Russie accusée de plusieurs bombardements dans les zones rebelles. Un site a d’ailleurs spécialement été créé pour suivre les violations de ce cessez-le-feu.



Ainsi si la Russie a été moteur de cet accord elle risque dans le même temps de le rendre caduc. Le quotidien L’Orient Le Jour parle de cette implication russe dans ces termes : « Le bilan humain de cette campagne a été désastreux, toutefois les Russes ont obtenu les résultats qu’ils espéraient. Ils se sont imposés aux États-Unis comme des interlocuteurs incontournables dans la crise, surpassant le rôle des Iraniens. Ils ont consolidé le régime syrien et lui ont permis de se retrouver en meilleure posture dans les négociations à venir. » Cette « victoire » diplomatique des russes leur a permis de négocier un accord qui leur est favorable, dans le sens où ils restent les maîtres du jeu, l’accord n’excluant pas les attaques contre « les groupes terroristes reconnus comme tels par le Conseil de Sécurité ». Le problème réside au sein de cette formule, qui bannie bien sur Al Nosra et l’EI mais également des groupes les combattant directement. Il faut en effet savoir qu’en Syrie de nombreuses zones sont « mixtes » : certains villages sont aux mains des jihadistes, tandis qu’à quelques kilomètres à peine on trouve des quartiers de la rébellion armée. Pour Jean Pierre Filiu, spécialiste du Moyen Orient et chercheur à SciencesPo, « C’est d’ailleurs la principale faiblesse de cet accord, tant les zones d’influence entre Nosra et les forces révolutionnaires sont enchevêtrées, par exemple dans le Nord-ouest de la Syrie. » Il ajoute d’ailleurs que le front Nosra est absent de Daraya, car les groupes armés s’y sont coalisés avec succès pour éviter une infiltration jihadiste. Les accusations de la propagande d’Assad et de Poutine ne visent qu’à préparer une offensive que ses instigateurs espèrent dévastatrice à l’encontre de Daraya, exclue explicitement du cessez-le-feu à cet effet. » Il conclut son article en prenant le cas de cette ville de la banlieue damascène, un des foyers de la révolution pacifique syrienne de 2011, comme indicateur du cessez-le-feu : « Si les bombardements reprennent sur Daraya, alors cet accord n’aura, comme toutes les manoeuvres précédentes, servi qu’à couvrir l’agression d’Assad contre son propre peuple, avec la complicité active de la Russie et de l’Iran, mais aussi avec la complicité passive du reste du monde ». (L’article est à lire en entier ici)

Pour le politicien libanais Ziad Majed, exclure Al nosra de cet accord pousse les syriens « à s’entretuer » : en résumé, les rebelles devront faire face à un choix cornélien : soit abandonner Al Nosra, un précieux allié de terrain, soit se ranger de son côté et faire tomber l’accord. En outre, comme le souligne le politicien, beaucoup des combattants d’Al Nosra n’y sont pas tant pour l’idéologie que pour le salaire et l’équipement. Sans oublier que les membres de la rébellion et du groupe viennent souvent des mêmes villages ou quartiers… (L’article est lisible ici)

Enfin, les enjeux de l’accord sont également régionaux : la Turquie veut que Parti de l’union démocratique (PYD) kurde soit désigné comme une organisation terroriste non concernée par le cessez-le-feu, tandis que ce dernier a annoncé qu’il respecterait le cessez-le-feu. Alors que les tensions avec les russes sont déjà importantes (suite notamment à l’avion russe abattu par les turcs), ce nouvel accrochage ne va pas désamorcer la situation.

Toutefois, il faut reconnaître que cet accord a permis quelques jours de trêve inespérée pour les syriens, alors que le conflit qui a débuté en 2011 a déjà fait plus de 270000 morts, 4 millions de réfugiés et près du double de déplacés internes.

1 commentaire:

  1. excellent article! vous écrivez très bien chez modernpaper !
    merci pour vos articles

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