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Crise migratoire : Un tunnel et des migrants*Louise Bigot

Plus de 3 500 hommes, femmes et enfants attendent leur heure pour rejoindre l'Angleterre. Tous des migrants présents illégalement sur le territoire français, à Calais, à quelques kilomètres seulement du tunnel sous la Manche qu'empruntent chaque jour des centaines d'européens pour aller en Angleterre. Lieu de transit devenu lieu de vie, la jungle de Calais et le camp de la Grande Synthe sont devenus le symbole de l’ingérence de la crise migratoire. Face aux conditions abominables de vie, à la criminalité, aux protestations de plus en plus vives des riverains, le Gouvernement a décidé d'évacuer une partie des camps fin février. Décision qui ne règle pas le problème à la source. Où iront ces migrants une fois les camps démantelés ? Ouvrir les frontières vers la Grande-Bretagne est-elle une solution envisageable ?

La "Jungle de Calais". Crédit image : Pascal Rossignol/Reuters

La Grande Bretagne, une terre promise bien gardée

Aujourd'hui, la Grande Bretagne semble dotée de frontières hermétiques face à la crise migratoire. Le pays, qui compte 5,6 % de chômeurs, de réseaux de travail au noir très développés, reste très attractif pour des migrants qui maîtrisent souvent l'anglais. Le temps des hommes cachés sous les poids lourds, dans le coffre des voitures ou dans les cales des bateaux est donc révolu ? Avec l'intensification des flux migratoires, la sécurité aux abords du tunnel a été intensifiée : des caméras avec rayon X pour déceler toute marchandise suspecte dans camions et voitures, des effectifs de police toujours plus nombreux et même une application où les camionneurs peuvent signaler la présence de migrants sur les routes et éviter qu'ils ne grimpent dans les véhicules. Une présence policière renforcée a été également mise en place dans les autres points stratégiques comme le port de Calais. Gilles Debove, un policier calaisien avoue que « le tunnel est devenu impossible à traverser donc les passeurs ont changé leurs stratégies et leurs routes ». Les traversées par bateaux voire par hélicoptères ou avions se développent. Des services très chers, entre 2500 et 13 000 euros le passage, un prix que peu de migrants ont les moyens de se payer. Les milliers de migrants qui s'entassent à Calais sont donc condamnés à attendre indéfiniment dans l'espoir de pouvoir atteindre un jour une terre attractive mais inaccessible ?

Ouvrir le passage vers l'Angleterre : une solution ?

A Calais, difficile d'ignorer une crise qui déchaîne les passions, d'un bord comme de l'autre. Comment de telles zones de non-droit où tous les droits humains élémentaires sont bafoués peuvent-elles exister en France ? Les Calaisiens sont à bout. La manifestation anti-migrants du 6 février dernier, interdite, a dégénéré. Quelques semaines plus tôt, une statue du Général de Gaule a été taguée par des militants d’extrême gauche du collectif No Borders. Une situation très tendue entre pro et anti-migrants qui ne risque pas se s'améliorer.

Alors que l'évacuation de la zone sud de la Jungle a débuté le 29 février dernier, les réserves sont nombreuses. Démanteler des camps qui devenaient le repaire de criminels en tout genre est indispensable mais il faut également trouver une solution durable pour les 800 à 1000 migrants qui vont être évacués selon la préfecture. Même si les employés des services sociaux présents sur place tentent de les convaincre de rejoindre un des nombreux centres d’accueil de la région, d'autres jungles risquent de se former aux alentours. La Belgique a déjà rétabli les contrôles à ses frontières le 23 février en prévision du possible flux de migrants à venir. Peut-on alors réellement dissuader des migrants déterminés à rejoindre l'Angleterre ?

La "Jungle de Calais". Crédit image : Denis Charlet/AFP

Aujourd'hui les tensions avec la Grande-Bretagne sont à leur paroxysme, alors qu'un Brexit devient de plus en plus envisageable. L'été dernier, le Gouvernement de David Cameron a accepté d'augmenter son budget dédié à sécuriser davantage le port de Calais mais reste inflexible sur le nombre de migrants qu'elle souhaite accueillir. Autant d'un côté que de l'autre la situation reste donc au point mort : les migrants veulent rejoindre l'Angleterre qui ne veut pas d'eux. Le Pas-de-Calais semble donc condamner à voir s'installer toujours plus de candidats à l'exil outre-manche sur son territoire. Face à cette impasse, Xavier Bertrand, alors encore candidat à la présidence de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie dont il est aujourd'hui président, propose une solution radicale : si le Gouvernement britannique ne fait rien, on ouvrira les frontières.

D'un point de vue légal, rien ne s'y oppose. La France serait même dans l'illégalité en empêchant les migrants de sortir de l'espace Schengen. Concrètement, il faudrait alors transférer les postes de contrôle sur le territoire anglais. Les migrants pourraient ainsi tenter leur chance par l'Eurotunnel, le train, les camions... D'un point de vue purement pragmatique, permettre aux migrants de rejoindre l'Angleterre peut être une solution : moins de morts, neuf migrants sont décédés depuis juin en tentant la traversée, un arrêt de l'expansion des passeurs et de la mafia, des coûts allégés pour la France, la fin de la jungle et des autres camps qui se développent autour de Calais et un apaisement certain des tensions. Même si l'Angleterre a le droit de renvoyer en France quelques migrants, le processus, très long, n'aurait qu'un effet marginal. La Grande-Bretagne serait alors condamnée à voir apparaître des Jungles sur son territoire. Les risques sont pourtant multiples : augmentation du nombre de migrants souhaitant rejoindre l'Angleterre, dégradation des relations franco-britannique… Alors que la menace du Brexit pèse comme une épée de Damoclès sur l'Europe, il est probable que les britanniques se rallieraient en nombre aux pro-brexit lors du référendum qui aura lieu dans 3 mois.

Ouvrir les frontières vers l'Angleterre aurait sans doute un effet d’électrochoc sur les Anglais, définitivement liés à l'avenir du continent européen. Mais déplacer le problème n'est pas le résoudre et des solutions globales sont à préférer aux solutions locales pour apporter une réponse à une crise migratoire qui mine l'Europe de l'intérieur.

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