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L'Édito politique #75 : Primaires versus République ?*Théo Moy, chef du service politique

Dans un article récemment publié de notre rédactrice Louise Bigot, celle-ci analyse justement le phénomène, pour ne pas dire le virus, des primaires pré-présidentielles. Les grands partis ont beau promettre des primaires de tous les français, cela se finit toujours en meeting interne. Preuve en est, la grande primaire de la droite et du centre voulue par les ténors de l’ex-UMP se mue mois après mois en votation interne aux Républicains ; les militants de l’UDI ayant hier refusé par le vote de s’y joindre. Le risque de ce système de primaires est multiple.

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Tout d’abord, il désunie absolument le parti en question puisque les candidats à une primaire sont contraints de se différencier les uns des autres. Or, pour un parti, la période pré-présidentielle devrait plutôt être celle de la réflexion commune pour bâtir un programme du réel. Mais justement, la nécessaire démarcation entre cadres d’un même mouvement encourage non pas la réflexion tirée du réel et de l’exercice du débat interne mais plutôt exacerbe la confrontation des subjectivités. Cela aboutie à l’élection d’un candidat non pas sur un programme applicable mais sur un talent d’orateur ou au mieux sur des idées. La preuve vivante de cette inapplicabilité du programme subjectivé d’un candidat aux primaires devenu président est bien la personne de François Hollande. Il suffit pour s’en convaincre d’observer l’état apocalyptique du Parti Socialiste en cette fin de quinquennat.

Mais surtout, elle participe encore à l’absolue décrédibilisation du système politique. Car de « pré-scrutins », ces élections pourraient bien remplacer les seules élections viables pour la République. Pourquoi me déplacer pour aller voter alors que le gagnant a déjà été choisi, et par une minorité ? Pourquoi ce candidat aux idées différentes qui me satisfaisait bien ne se présente plus, après un échec aux primaires ? La primaire encourage le renfermement et la déconnexion des partis et l’élitisation (comme si on en avait besoin) des gouvernants. La primaire trahit la République car le premier tour devient à sa suite le lieu de confrontation d’hyper-candidats avec d’autres bien plus fragiles.

La fracture entre élus et citoyens impose une réflexion nouvelle sur le fonctionnement de notre vieille République, et la manière dont les primaires s’imposent depuis une demie décennie dans notre pays doit faire partie de ces questionnements.

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