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USA : Primaires, un bon modèle ?*Louise Bigot

Six mois que cela dure et toujours autant de polémiques et de débats autour des primaires américaines qui passionnent le monde entier. Quand les candidats républicains se transforment en bêtes de foire pour monopoliser l'espace médiatique , les démocrates se déchirent lors de débats fratricides. Une campagne houleuse qui révèle les failles d'un système oligarchique et bipartique. Aujourd'hui les primaires se développent et plusieurs questions se posent. Quelles sont les limites du modèle américain ? Comment la vie politique française peut-elle évoluer face à l'émergence de ces véritables « pré-scrutins » ?

Crédit image : Ustin Sullivan/Getty Images/AFP

Des primaires qui favorisent l'oligarchie

Présentés comme un idéal pour certains et un enfer pour d'autres, les États-Unis sont le symbole de la démocratie libérale et du capitalisme à toute épreuve. Longtemps vu comme le temple de la méritocratie à travers un rêve américain qui poussa des milliers d'européens à l'exil, ce pays est pourtant marqué par d'importantes disparités sociales et des coûts très élevés pour accéder aux études supérieures, freinant trop souvent l'espoir d'ascension sociale. Dans cette société profondément protestante, être riche signifie avoir réussi sa vie. Les candidats aux primaires démocrates et républicaines, s'ils veulent avoir l'honneur d'accéder à la fonction suprême de président, doivent donc pouvoir financer eux-même leur campagne, au coût exorbitant. Contrairement à la France où les partis ont une donation de l'état, celle-ci est quasi inexistante aux États-Unis : les candidats doivent financer eux-même leur campagne. Difficile alors d'imaginer un pays qui ne soit pas dirigé que par les héritiers de grandes familles ou que par des hommes d'affaire richissimes. Et cela, loin de s'améliorer, témoigne d'une Amérique qui n'est plus capable de faire naître des fils d'ouvrier, de paysans qui seront un jour à le tête de gigantesques entreprises, comme ce fut le cas de Henry Ford au début du XXème siècle par exemple. Pour s'imposer aux primaires, le portefeuille semble alors avoir autant voire plus d'importance que les idées du candidat. A l'heure du crowd-funding et d'internet cette difficulté tend à diminuer : il est plus facile de mobiliser et d'élargir l'origine des contributeurs au delà de l'état d'origine du candidat. Impossible pourtant de n'avoir pas de capitaux de départ pour arriver à se faire connaître dans un territoire aussi vaste que les États-Unis. Impossible donc d'être un politicien de métier sans être très bien né. Cette fonction reste alors réservée à l'élite de l'élite, venant non seulement de familles bourgeoises mais aussi richissimes. Les États-Unis, plus qu'une démocratie, est bien une oligarchie, littéralement le pouvoir pour quelques uns, ici l'élite financière.

Un appauvrissement du débat ?

Après l'aparté Obama qui fut vu comme le second souffle de la démocratie américaine, enfin ouverte aux minorités qui représentent aujourd'hui plus de 30% des habitants des États-Unis, les primaires républicaines plongent la première démocratie moderne du monde dans un débat très à droite qui écarte les populations immigrées. L'habituel humour des politiques américains et l'ambiance décontractée de leurs meetings a laissé place à des déclarations parfois de mauvais goût sur la population hispanique, le lien entre la Shoah et le port d'arme ou encore le réchauffement climatique. Honte pour certains, retour aux sources pour d'autres, qu'ils soient républicains ou démocrates. Quoi qu'il en soit, la victoire dans le Nevada de Donald Trump, dorénavant favori dans la course à l'investiture républicaine, effraie. Encore plus que son programme, flou et démagogique , c'est sa personnalité d'homme d'affaire ultra performant qui déplaît :« Nous n’avons pas besoin d’un candidat qui croit qu’il est un roi, et nous n’avons rien à attendre de “deals” négociés avec peu de personnes autour de la table » lance un ultra conservateur lors d'un meeting dans le Nevada.

Face à une campagne où les Républicains semblent jouer à celui qui fera le plus gros buzz et ou les critiques, bien loin d'effrayer, ne sont que des manières supplémentaires de saturer le champ médiatique, les Démocrates sont relégués à l'arrière plan. Un système bipartique qui ne laisse également aucune place pour les outsiders désirant se présenter seuls : aucun n'a réussi à gagner les élections présidentielles dans l'histoire des États-Unis, n'ayant pas le tremplin médiatique des primaires ni un soutien assez vaste. Il ne peut en résulter qu'un appauvrissement du débat qui reste concentré autour de deux grandes familles politiques, dont les programmes ne cessent de diverger. Aujourd'hui aucun candidat « intermédiaire » ne se démarque: il y a le choix entre l'extrême droite et le centre-gauche.

Un modèle en pleine expansion

Les primaires, exception américaine jusqu'alors, commencent à se développer dans les années 2000 : elles sont devenues obligatoires en Uruguay, en Argentine, au Chili et sont monnaie courante en Italie depuis 2005. En France, le PS a ouvert la marche en organisant en 2011 la première primaire ouverte française pour choisir le candidat socialiste aux présidentielles de 2012. Jusqu'alors, les candidats aux présidentielles étaient souvent choisis grâce à des élections internes au parti, réservées aux adhérents. En novembre 2016, les Républicains vont retenter l'expérience pour choisir le candidat qui les représentera aux élections présidentielles de 2017. Un système bien moins compliqué que celui des primaires américaines, où les formes de scrutins varient fortement d'un état à l'autre, et dont le but est en fait d'élire des représentants qui voteront à leur tour pour le candidat qu'ils ont défendu. Alors qu'elles se banalisent, les primaires françaises installent pourtant un climat assez anxiogène au sein de la majorité au pouvoir. Faut-il que le président Hollande, à la ligne centriste affirmée, se représente, court-circuitant par la même occasion toute candidature davantage de gauche ? A droite comme à gauche, les primaires cristallisent les scissions en incitant les candidats à se différencier. Alors que les deux grandes familles politiques américaines, démocrates et républicains, apparaissent plus comme des courants que comme des partis ayant un programme commun, les grands partis français s'engagent sur la même ligne. L'organisation de primaires, petite révolution politique, porte en elle les germes d'une mutation qui se pourrait bien plus profonde. Une bipartisation encore plus accrue du système politique français pourrait-elle être le résultat des primaires ? Bien que le FN semble stoppé dans sa progression, le parti d'extrême droite est toujours une force majeure dans l'échiquier politique français. Des primaires qui, tout en clarifiant le jeu politique, ont un effet non négligeable sur la structure de la classe politique.

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