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Vers un Franxit ?*Lucie Nicolas

Le 20 février 2016, après des mois de négociation sur le « statut spécial » du Royaume-Uni dans l’Union Européenne, le premier ministre David Cameron a annoncé un référendum le 23 juin 2016 afin de déterminer si le pays quittera l’Union Européenne ou en d’autres termes si le « Brexit » aura lieu ou non. 

Crédit image : AP Photo/Virginia Mayo

En 2004, l’Europe s’est élargie à dix pays de l’Est et le Royaume-Uni a alors été l’un des seuls pays à restreindre temporairement l’immigration. Depuis, 900 000 à 1 million de polonais ont migrés vers le pays. Selon les traités européens en vigueur, les polonais bénéficient des mêmes prestations sociales que les britanniques. Lors des négociations, le Royaume-Uni a obtenu l’autorisation de ne pas payer certaines prestations sociales aux ressortissants européens pendant 4 ans après leur arrivée, et de les intégrer ensuite progressivement au système. Le pays poussé par Ukip (parti d’extrême droite) souhaitait un surplus de pouvoir aux 28 Parlements Nationaux de l’Union Européenne. Il a obtenu qu’en cas d’opposition d’une majorité de 15 parlements, une mesure relevant de la législation européenne puisse être bloquée. Les britanniques demandaient également la garantie qu’aucune des décisions prises par les pays de la zone euro n’affectent les pays n’en faisant pas partie. Ce droit de regard sur l’euro a été fortement contré par François Hollande affirmant que la souveraineté de la zone euro ne doit pas souffrir de l’interventionnisme britannique. Enfin, le Royaume-Uni a obtenu une réduction des normes et régulations pesant sur les entreprises qui, selon lui, constituaient un frein à leur compétitivité.

En France, les revendications britanniques ont ouvert le débat à propos d'une éventuelle sortie de l’Europe ou Franxit. Le Front National avance publiquement une volonté d’engager un processus de sortie de l’Europe par référendum en cas d’élection de Marine le Pen aux présidentielles de 2017 alors que les autres partis s’y opposent. Le parti d’extrême-droite, satisfait de la position de force de Cameron à Bruxelles, affirme avoir les mêmes revendications que le Royaume-Uni. Selon eux, le pays et sa croissance 5 à 6 fois plus élevée qu’en France sont un symbole de souveraineté qu’ils promettent de défendre et de retrouver en cas de victoire aux élections. Marine le Pen souhaite un rétablissement des frontières nationales pour appuyer sa remise en cause de l’ « establishment », l’adoption d’une nouvelle monnaie nationale adaptée, un replacement des lois françaises au-dessus des directives européennes et une libre décision du budget contre l’austérité. En basant la France sur le même régime dérogatoire que celui du Royaume-Uni, elle s’affranchirait de l’euro, de la dette et du système bancaire et lui permettrait ainsi de défendre ses intérêts nationaux. Le FN prône une « Europe des nations libres ». Bernard Monot, « stratégiste économique » du parti et eurodéputé, annonce un retour de la compétitivité face aux pays du Nord comme l’Allemagne en cas de retour au franc. Mais la chute de l’euro revenu pratiquement à la parité avec le dollar vient compromettre ce changement de monnaie alors que les frontistes ne considèrent sa fin que comme une question de temps. Florian Philippot dénonce au nom du parti la perte monétaire due à l’Union Européenne, 22 milliards lui étant versés contre seulement 13 milliards reçus par le biais de la Politique Agricole Commune (PAC). Il parle d’ « Euroxit » imminent et cite comme exemple l’Autriche qui n’accepte plus de recevoir de réfugiés face à la crise migratoire européenne et la Finlande et l’Italie qui débattent actuellement sur leur maintien dans la zone euro. Le FN reproche à l’Union Européenne cette zone euro à l’agonie, dominée par l’Allemagne et en pleine déflation. Le parti se sert également à titre d’argument, de la récente mesure prise par l’Union européenne permettant la ponction des dépôts bancaires au-delà de 100 000 € dans le cadre d’une procédure de résolution d’un établissement bancaire.

En janvier 2015, on assiste pourtant à une renationalisation des politiques monétaires de la BCE (Banque Centrale Européenne) supposée relancer l’activité dans la zone euro. Par ailleurs, le 29 mai 2005, la France a voté « non » lors du référendum sur le Traité de Rome supposé établir une constitution pour l’Europe. Celui-ci n’a jamais été appliqué et a été remplacé par le Traité de Lisbonne, rentré en vigueur en 2009, et qui a notamment permis la rénovation du cadre institutionnel, de nouveaux droits aux citoyens et aux Parlements Nationaux et la création d’une personnalité juridique pour l’UE. Des interrogations demeurent sur l’efficacité et l’utilité que ces mesures ont eues pour la France. L’Europe assure néanmoins, selon certains, une sécurité à la France, alors qu’un mouvement d’eurosceptique se propage. On note que les échanges entre la France et l’Europe représentent environ 65% de nos exportations et 68% de nos importations et qu’un Franxit apporterait un net développement des entraves à ces échanges. Une pétition a été lancée et adressée au gouvernement français pour l’organisation d’un référendum sur la sortie de la France de l’Union Européenne et on observe le développement de groupe politique nationaliste de droite semblable à l’ECR (Conservateurs et Réformistes Européens) qui soutiennent le Front National. 

La question se pose de savoir si le parti d’extrême droite ne promet pas un Franxit par tactique électorale. Arrivés au pouvoir, s'engageraient-ils vraiment dans cette voie ?

1 commentaire:

  1. Je ne pas qu'il s'y engage réellement. A mon avis il s'agit bien là d'une tactique éléctoral. En tout cas bravo à l'auteur de cette article. Je savais pas grand chose sur le Franxit avant de lire cette article! J'apprécie beaucoup l'approche très objective ces faits. Félicitations.

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