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Brexit : Quelles conséquences ?*Marion Sorant

Le référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne, qui aura lieu le 23 juin prochain, sera un moment crucial de l’histoire anglaise et européenne. Le Royaume sera-t-il le premier pays à sortir de l’Union ? Quels seraient les impacts, positifs et négatifs, sur le pays et sur le reste de l’UE ?

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La sortie de l’UE aurait bien sur un impact direct sur l’économie de l’île et de l’UE

Commençons par les conséquences pour l’Angleterre, dans le cas d’une sortie « totale » du système européen, c'est-à-dire sans accord avec l’UE. Selon la fondation allemande Bertelsmann Stiftung, une sortie de l'UE coûterait alors au Royaume-Uni quelques 56 milliards de livres (soit 78 milliards d'euros) par an pendant 10 ans. En effet, le retour des barrières douanières feraient considérablement chuter les échanges. Ainsi, Open Europe, un think thank européen libéral, a calculé que les médicaments grimperaient de 4,5%, le secteur automobile de 10% alors que, le secteur du tabac et de l'alimentaire exploseraient de 20%. De plus, un Brexit conduirait à la délocalisation de multinationales vers d’autres pays européens, afin de rester dans le marché unique : un sondage récent indique par exemple qu'un tiers des firmes allemandes au Royaume-Uni quitteraient le pays en cas de Brexit.

Cependant, il est peu probable que la sortie de l’UE se fasse sans accord, afin d’éviter toutes ces catastrophes économiques. Certains souhaitent un accord de libre-échange, comme celui qui vient d’être signé avec le Canada par exemple, et qui prévoit une baisse de 99% des droits de douanes. Mais face à 27 pays, le Royaume serait dans une position de faiblesse pour des négociations. La question d’appartenir alors à l’Espace Economique Européen (comme des pays tels que la Norvège, hors de l’UE) se pose alors. Cette adhésion permettrait au pays de toujours accéder au marché commun et de maintenir la liberté de circulation des biens, services, des capitaux et des personnes. Néanmoins, le pays devrait se soumettre aux obligations de Bruxelles, sans toutefois pouvoir prendre part aux discussions. Pas sûr que cela convienne aux anglais qui contestent justement le pouvoir de la ville belge.

L'UE serait également largement perdante du fait de la réduction des échanges commerciaux. La fondation Bertelsmann avance des pertes de 0,3% du produit intérieur brut (PIB) par habitant en France comme en Allemagne, et notamment un effondrement de 2,7% du PIB par habitant en Irlande. La France serait perdante, surtout dans le cas d’une sortie « totale ». 12% de ces exportations se font vers le Royaume-Uni. De plus, 16 % du PIB de l’UE vient du R-U, un Brexit affaiblirait encore un peu plus l’union.

Cet affaiblissement concernera également la puissance financière de l’UE avec le départ de la City, première place financière à égalité avec New York. Enfin, un problème majeur doit également être traité : 3 millions d’européens travaillent actuellement à Londres. Auront-ils besoin de permis de travail, de visas ? Ces questions seront bien sur soulevées, mais c’est ici le temps qui pose problème : si la sortie doit être effective en 2019, trois ans de discussions semblent courts pour réorganiser tout un système.

Enfin, sur le plan politique, les conséquences seront là aussi nombreuses. Pour la Grande-Bretagne d’abord : il n’est pas exclu que l’Ecosse réclame à nouveau un referendum sur l’indépendance pour pouvoir rester dans l’Union. L’Allemagne perdrait également son allié dans la libéralisation de l’économie européenne. Malgré ces effets négatifs, nombreux sont ceux à pointer du doigt les avantages à tirer d’une sortie. L'idée d’une Europe politique est ainsi régulièrement évoquée : l’Europe « débarrassée » du Royaume-Uni, qui s’oppose à de nombreuses décisions européennes (les droits sociaux ou encore l’union bancaire), pourrait enfin s’unir et offrir un discours politique clair. Mais le Brexit signifierait aussi la fin des contributions du pays à l’UE et donc une hausse de celles des autres membres. A titre d’exemple, la France pourrait se retrouver à devoir verser 2 milliards supplémentaires. L’unification politique n’est quant à elle, absolument pas assurée. D’une part parce qu’il faudrait redistribuer les voix au Conseil Européen et que la France craint l’hégémonie de l’Allemagne sur l’Union. D’autre part, la tentation de quitter l’Europe serait grande pour de nombreux pays, surtout s’ils peuvent rester dans le marché commun. On pourrait donc assister à une implosion de l’Union. En revanche, en sortant de l’union, l’Angleterre espère un avantage majeur : pouvoir contrôler sa politique migratoire : on peut imaginer par exemple des permis de séjour et de travail pour les ressortissants européens. Mais il ne faut pas oublier que le pays ne fait pas partie de Schengen et qu’un Brexit n’empêchera nullement réfugiés et migrants de tenter leur chance en traversant au péril de leur vie.


Quelque soit la réponse au référendum, il y aura un « avant » et un « après ». Le Brexit met en effet en lumière les divisions au sein de l’Union et la nécessité d’un nouveau souffle, rendu possible par des nations unies par un projet politique, mais aussi économique et sans doute culturel, commun et global.

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