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L'Édito politique #78 : Le Front National ne durera pas*Théo Moy, chef du service politique

Alors que l'on voit chaque jour le parti de Marine Le Pen monter dans les sondages et dans l'estime des médias, parier la fin proche du Front National est risqué.

Certes, nul potentiel candidat de gauche comme de droite aux présidentielles ne semble aujourd'hui convaincre les Français. François Hollande a définitivement déçu et une primaire torpillerait ses prétentions à un second mandat. Mais à sa place, ni Valls ni Macron ne semble avoir la carrure d'un présidentiable en 2017. À droite, le duel entre un ex-président détesté et un ancien homme d'état un peu dépassé ne satisfait pas non plus les foules. Ainsi, les médias comme nombre de citoyens prédisent une victoire du Front National en 2017. Ne serait-ce pas oublier la nature de ce mouvement ?

Le Front National est divisé, et même fracturé, entre deux courants. D'un côté, des souverainistes déçus par les partis traditionnels qui se tournent vers l'idée d'un retour de la nation plutôt que sa dissolution dans un grand machin européen. C'est Florian Philippot qui incarne cette tendance qui a servi dans le discours de ces cinq dernières années à dédiaboliser le Front. De l'autre côté, il y a les identitaires, plus radicaux. Ceux là ont une conception ethnique et sentimentale de l'engagement politique, condamnant un grand remplacement et se réclamant d'un triple patriotisme, régional, national et européen. Ces derniers portent donc l'héritage du nationalisme maurassien mais y ont substitué la revendication d'un patriotisme comme lien charnel à la France millénaire.

Si ces deux conceptions se retrouvent sur de nombreux points, il subsiste des désaccords et Marine Le Pen est souvent accusée par les plus radicaux de tenir un discours douçâtre par prétention électoraliste. Malgré les renvois d'élus locaux racistes et de Jean Marie Le Pen, la voix identitaire est toujours présente au sein du parti. Sa fille en a d'ailleurs besoin à chaque élection et le succès rencontré par sa nièce Marion Maréchal Le Pen le prouve.

C'est là que le bât blesse. Cette fracture, si elle est surmontée en période de victoires et de progressions, réapparaitra dès que le FN rencontrera une nouvelle difficulté, et il y en aura avant son accession au pouvoir. Ou alors, c'est dans le travail de conception d'un programme précis que les oppositions éclateront. Et dès que la lutte interne aujourd'hui annihilée reprendra, ce sera la fin de la montée. Car si le FN attire aujourd'hui c'est qu'il incarne la différence avec les Républicains et le Parti Socialiste. Mais si en son sein une guerre à la Copé-Fillon se déclarait, la normalisation serait achevée, et viendrait la déconfiture.

D'où l'utilité d'opposer au FN des arguments mettant en lumière ses contradictions plutôt que de crier au retour du fascisme après chaque élection...

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