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Nicolas Dupont Aignan, un gaulliste mal-aimé ?*Louise Bigot

Le 15 mars dernier, Nicolas Dupont-Aignan a officiellement annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2017. Pour le fondateur du parti Debout la France, créé en 2008, la partie est donc remise, malgré l'échec de 2012 : celui qui ambitionnait de redonner à la France sa grandeur perdue ne récolta alors que 1,79% des suffrages… Nombreux sont ceux qui raillent sa candidature en 2017. Pourtant le parti gaulliste, au slogan « Ni système ni extrêmes » connaît depuis 2012 une réelle progression qui le fait peu à peu exister dans le paysage politique français : aux européennes puis aux régionales, il frise 4% des voix. Une nouvelle variable à intégrer pour les grands partis ?

Crédit image : Kenzo Tribouillard/AFP

« Une certaine idée de la France »

Ancien du RPR, devenu en 2002 l'UMP, Nicolas Dupont-Aignan quitte le parti en 2007, en profond désaccord avec Nicolas Sarkozy, et transforme ce qui n'était qu'un courant interne à l'UMP en parti politique. Rupture consommée en septembre 2007 lorsque Debout la France quitte définitivement la majorité. La formation, qui se réclame d'une ligne souverainiste et gaulliste, affiche clairement sa volonté : « rendre à la politique sa propreté, à la République sa dignité, à la France son indépendance aliénée, sa fierté oubliée, sa grandeur perdue ». Nicolas Dupont-Aignan ne cache pas son opposition à l’américanisme, à l'Union Européenne, en bref à tout ce qui entamerait l'indépendance française à l'international. Il se risque même sur des terrains glissants, comme la politique vis-à-vis de la Russie ou de Bachar El-Assad, qu'il considère comme « un dangereux alignement sur la ligne occidentale ». Des prises de positions qui rappellent celles du Général de Gaulle, lorsqu'il retira la France du commandement militaire intégré de l'OTAN en 1966 ou encore quand il dota la France de l'arme nucléaire. Dans les affaires intérieures, Nicolas Dupont-Aignan garde le même cap : il souhaite réaliser le « grand chantier inachevé légué par le Général de Gaulle », la participation des salariés aux résultats et aux décisions de leur entreprise.

Pour reprendre les termes du fondateur de la Résistance, Nicolas Dupont-Aignan garde donc « une certaine idée de la France », au risque d'être perçu avant tout comme un nostalgique loin des réelles préoccupations des français.

Nicolas Dupont-Aignan, d'extrême droite ?

Un qualificatif désagréable, mais qui semble pourtant ancré dans l'opinion publique, pour ce gaulliste convaincu. Après l'annonce de sa candidature, une chroniqueuse de France Inter, Charline Vanhoenacker, a déclaré que « Nicolas Dupont-Aignan, c’est l’extrême droite light, l’autoritarisme mou. Ou si vous préférez, le racisme poli. Debout la France est au FN ce qu’un physionomiste est à un vigile : ta mission, c’est de refuser du monde mais c’est pas toi qui frappe ». L'intéressé a annoncé qu'il porterait plainte pour injure publique. Le président du groupe PS à l'Assemblée Nationale, interrogé à ce sujet, a quant à lui affirmé que NDP n'était pas d'extrême droite. Le FN et Debout la France, deux partis eurosceptiques, souverainistes et anti-immigrés ? C'est à nuancer. La ligne de Dupont-Aignan reste dans le politiquement correct. Bien qu'il dénonce le désordre migratoire, le candidat de Debout la France désigne comme premières victimes la population française d'origine étrangère et les immigrés en situation régulière et rejette tout « amalgame injuste ». De la même manière, il pèse ses mots pour parler du lien entre immigration et insécurité, appelant en premier lieu à l'assimilation et à la cohésion nationale. Une position moins tranchée que le FN, voire même tout à fait antithétique à propos de l'égalité homme-femme dans l'emploi.

Nicolas Dupont-Aignan, candidat à mis chemin entre Marine Le Pen et Sarkozy ? Une place bien difficile à occuper quand on sait que le chef des Républicains a entamé un virage à droite de plus en plus serré.

Un danger pour les Républicains ?

Alors que les sondages donnent à Nicolas Dupont-Aignan 5% des voix selon un sondage Ifop, celui-ci semble plus confiant que jamais : il sera au second tour. Une affirmation qui fait sourire. Trop de candidats chassent sur les mêmes terres, celles d'une droite « dure ». Pourtant, Nicolas Dupont-Aignan dispose d'un atout face aux candidats républicains qui se rapprochent de sa ligne : pas de primaires. Si Alain Juppé est le candidat de la droite en 2017, le fondateur de Debout la France aura la voie libre. Ni Nicolas Sarkozy, ni d'autres candidats plus à droite ne pourront lui barrer la route.


Aujourd'hui, Nicolas Dupont-Aignan profite-t-il de la déconvenue de Nicolas Sarkozy ? Les sympathisants déçus de l'ancien chef de l’État ou ceux qui soutiennent une ligne plus dûre que le centrisme affiché d'une partie des Républicains peuvent sans doute voir en Nicolas Dupont-Aignan une alternative, plus « acceptable » que le FN. Ramasser les voies des déçus des Républicains ou du FN pourrait permettre à Nicolas Dupont-Aignan d'avoir assez de poids pour apparaître médiatiquement. Une dynamique en marche ? Rien n'est moins sur mais il est évident qu'à droite, Nicolas Dupont-Aignan n'est plus un petit candidat.

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