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L'Édito éco #17 : Renault, le grand décrochage*Antoine Desachy, chef du service économie

Le salaire de Carlos Ghosn, patron des deux constructeurs automobiles Renault et Nissan a fait coulé beaucoup d’encre. Vendredi 29 avril, le Conseil d’Administration du constructeur a accordé à Carlos Ghosn une rémunération totale pour 2015 de 7,2 millions d’euros (1,2 million de salaire fixe et 6 millions en comptant la part variable). À cette importante somme doit aussi être ajoutée la rémunération de Carlos Ghosn en tant que patron de Nissan, soit 8 millions d’euros. Ghosn totalise donc 15,2 millions d’euros pour l’année 2015, sans compter de nombreux autres avantages en nature (voiture avec chauffeur, etc).

Crédit image : Reuters

Une telle somme n’a pas manqué de faire polémique au sein des personnalités politiques, mais aussi, chose assez nouvelle, au sein même des actionnaires de Renault. Pourtant, Carlos Ghosn n’a vu sa rémunération n’augmenter que de 0,49% par rapport à 2014. C’est donc bien la somme en tant que telle et non pas l’évolution de cette somme qui a tant choqué. Ainsi, lors des Questions au Gouvernement du mardi 3 mai 2016, la députée Martine Lignières-Cassou a publiquement interpellé le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, en lui reprochant le fait que l’État, en tant qu’actionnaire de Renault, ait laissé Carlos Ghosn toucher une telle somme. Emmanuel Macron lui en répondu que l’État n’avait pas voté ce salaire, et qu’il y avait un réel « dysfonctionnement en matière de gouvernance chez Renault ». En effet, ce salaire a été accordé à Carlos Ghosn malgré la double opposition de l’État et même plus globalement de l’ensemble des actionnaires, qui ont voté contre à 54%. Rappelons en effet que le salaire des patrons des entreprises publiques est limité par la loi à 450 000€ par an, ce qui explique l’opposition de l’État (bien que Renault soit juridiquement une entreprise privée).

Cette polémique dépasse même, d’une certaine manière, le clivage gauche-droite. Si des écarts de salaires entre le patron d’une entreprise et les employés est une constante relativement acceptée, on assiste avec Renault à un décrochage spectaculaire. Le patron de Renault gagne ainsi 409 fois le smic, et même 859 fois si on inclue sa rémunération de Nissan. Le différentiel avec le smic atteint 764 pour la seule rémunération de Renault si on considère, comme la députée Martine Lignières-Cassou, que Carlos Ghosn travaille à temps partiel puisqu’il cumule deux casquettes. Pourtant, l’écart estimé comme raisonnable entre le salaire d’un employé de base et celui du patron par les théoriciens même du capitalisme, comme John Pierpont Morgan ou Henri Ford est respectivement de 20 et de 40. De même, le refus des actionnaires d’accorder la rémunération de 7,2 millions d’euros à Carlos Ghosn illustre un changement de mentalités généralisé.

En effet, si les rémunérations des grands patrons choquent régulièrement les forces de gauche, celle de Carlos Ghosn, malgré les très bons résultats de Renault en 2015 est difficilement défendable en comparaison des rémunérations des autres patrons des grandes entreprises automobiles: Carlos Ghosn gagne en effet quatre fois plus que ses homologues européens, y compris ceux dont les entreprises se portent bien.

La France se dirige-t-elle vers un modèle à l’anglo-saxonne, où certains patrons gagnent mille fois plus que leurs employés de base (le patron de BP a touché 17 millions d’euros en 2015, celui de Google a touché 174 millions d’euros) ? Un retour à des sommes plus raisonnables serait tout de même salutaire compte tenu de l’agitation sociale que la crise de 2008 a profondément ancré dans le paysage français.

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