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L'Édito politique #79 : Reprenons-leur notre Jeanne !*Théo Moy, chef du service politique

Dimanche prochain les chrétiens fêteront la Sainte Jeanne d’Arc et l’extrême droite traditionnaliste et royaliste défilera en l’honneur de sa patronne. Hier, premier mai, c’est le Front National qui fêtait Jeanne. En effet, depuis 1988, le FN a avancé de sept jours la date d’hommage, afin de le faire concorder avec la fête du Travail du Maréchal Pétain, pour « unir symboliquement, dans une même ferveur, l’hommage à Jeanne d’Arc et le salut fraternel à l’ensemble du monde du travail, faisant de cette journée à la fois une manifestation de patriotisme et de solidarité nationale », comme le rapporta l’historienne Valérie Igounet (http://blog.francetvinfo.fr/derriere-le-front/2016/02/15/le-1er-mai-il-arrive-quil-pleuve-aussi.html). Qu’elle soit commémorée le premier ou le huit mai, Jeanne d’Arc n’est donc plus vraiment une figure nationale, récupérée comme elle l’est par l’extrême droite dans toute sa diversité.

Et pourtant, Jeanne a longtemps été, pour la gauche, une référence, louée par Jaurès et fêtée dans la seconde partie du dix-neuvième siècle comme « sainte laïque ». C’est l’historien et libre penseur Michelet, vers 1850, qui en fit une héroïne venue du peuple et porteuse d’idéaux républicains. Dans cette même veine, durant la fin de ce siècle, les socialistes revendiquèrent cette figure définitivement populaire et brulée par l’Eglise. C’est ainsi que Lucien Herr, cofondateur plus tard du journal L’Humanité, revendiquait : « Jeanne est des nôtres, elle est à nous ». Jaurès, dans un discours sur le patriotisme et l’internationalisme, fit lui aussi une ode à cette « fille des champs ». Cependant, la récupération de l’idée nationale par l’extrême droite sous la IIIème République et l’Affaire Dreyfus vont peu à peu distancer la figure de Jeanne des républicains, qui finalement la dénieront lorsque le « Vive Jeanne » sera associé à un « A bas les juifs », au début du XXème siècle.

Depuis, Jeanne est restée à l’extrême droite, bien que cette dernière se soit radicalement transformée en un siècle. Aujourd’hui, à l’heure de l’abandon de l’idée de patrie aux partis les moins républicains, il est temps de reprendre Jeanne, et de la rétablir comme fondatrice du sentiment français, qui n’est en rien nationaliste. Re-républicaniser Jeanne, c’est adopter une figure en qui beaucoup de nous peuvent se retrouver. Bien entendu, c’est une figure catholique, mais pas uniquement, Jeanne fut avant tout cette jeune fille de paysans, tenace et persévérante qui se leva pour défendre son pays. Ce n’est pas un hasard si les suffragettes la revendiquèrent comme pionnière du féminisme. Il ne serait pas hasardeux, aujourd’hui, de reprendre Jeanne d’Arc pour la fêter dignement.

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