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L'Édito politique #80 : Rendons les années 30 à l’histoire !*Théo Moy, chef du service politique

Ces dernières années et leur lot de crises ont permis l’émergence d’un courant de pensée qui s’attèle à prouver la convergence économique, politique et sociétale de notre temps et des « Années 30 ». Historicisme ou parallèle réaliste ?

L’auteur de ces lignes a toujours du mal avec l’idée que l’enchainement d’évènements passés puisse être reproductible dans le présent si les conditions sont les mêmes. Car cela serait penser qu’à presque un siècle d’intervalle, le contexte d’un pays serait redevenu similaire, dans une sorte de boucle temporelle en laquelle crurent les grecs de l’Antiquité. Or, n’en déplaise aux proches de Médiapart qui dans Les Années 30 sont de retour, tentent de démontrer la convergence entre les deux époques, les arguments d’un tel rapprochement sont peu convaincants.

Pour ce qui est de l’économie, le doute est permis quant à la justesse d’une comparaison. Certes, les crises de 1929 et de 2008 présentent de nombreuses ressemblances, au niveau de leurs causes, crédit facile et frénésie spéculative, comme de leurs conséquences directes à travers l’effondrement des bourses et l’affolement des banques. Mais c’est oublier le contexte mondial et les différences monumentales entre le monde relativement peu ouvert de 1930 et l’économie globalisée du début du XXIème siècle. Les réponses politiques n’ayant d’ailleurs pas été les mêmes, la comparaison liant tous les champs d’analyse en est bien affaiblie.

Politiquement, le rapprochement est encore plus bancal. Il s’agirait de montrer que dans le contexte d’une gauche arrivée au pouvoir, du Front Populaire à François Hollande, l’extrême droite se fait menaçante et fait trembler la République. S’il n’est guère utile de prouver que François Hollande n’est pas une réincarnation de Léon Blum, on peut s’interroger sur le parallèle fréquemment employé entre le Front National de 2016 et les milices du 6 février 1934. On aura beau forcer le trait, on voit mal le rapport. Le Front National vise l’accession légale au pouvoir républicain à travers des élections démocratiques. Les Croix de Feu et l’Action Française de 1934 ne se satisfaisaient pas de la démocratie et de la République, on craint d’ailleurs qu’ils ne la renversent. Quant à l’idéologie, le FN a suffisamment changé, notamment sous le joug de Marine Lepen, pour ne plus pouvoir être entièrement assimilé aux ligues nationalistes violentes. Cependant, il est juste de dire que dans la galaxie frontiste, les plus radicaux sont nostalgiques de ces ligues dont certaines associations marginales se font les héritiers. Soyez rassurés, il n’y a tout de même pas de quoi craindre une tentative de coup d’état.

Il est regrettable que lorsque la suspicion à l’égard du système politico-médiatique se généralise, les discours pédagogiques et rationnels laissent place à des prévisions effroyables sur le retour fantasmé du fascisme. Si une société doit apprendre de ses erreurs passées, cela ne lui interdit pas d’être réaliste face à son présent et optimiste pour son avenir.

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