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Loi El Khomri : Ce que cela pourrait changer pour les jeunes*Chloé Martin

Près de 80% des jeunes seraient opposés à la loi El Khomri, selon un sondage Odoxa. Étonnant pour un texte qui se veut avoir été « pensé par et pour eux », d'après les mots de la ministre du Travail et de l'Emploi, en mars dernier. Comment comprendre cette apparente contradiction ? Qu'est-ce que le projet de réforme changerait réellement pour les jeunes ?

Crédit image : Dominique Faget/AFP

La question de l'apprentissage

La mesure phare de cette loi touchant directement les jeunes concerne l'apprentissage. Le projet de réforme souhaite en effet rendre cette voie plus accessible et atteindre l'objectif des 500 000 apprentis d'ici la fin du quinquennat. Pour cela, le gouvernement propose que la collecte et la répartition de la taxe d'apprentissage soit simplifiée. Cette taxe est versée par les entreprises et finance en partie les CFA (Centres de Formation d'Apprentis). Les formations professionnelles et technologiques hors apprentissage bénéficient de la part « hors-quota » de la taxe, qui devrait être généralisée à toutes les écoles de production et d'entreprises reconnues par l’État (qui jusqu'alors, n'y avaient pas le droit).

Le texte a également voulu se pencher sur l'apprentissage des mineurs, ainsi que sur les élèves qui interrompent leurs études. Pour les premiers, qui représentent 36% des effectifs, la loi prévoit d'étendre les horaires de travail à dix heures par jour, au lieu de huit actuellement, mais seulement en cas exceptionnel. Par ailleurs, 19% des apprentis sont en rupture de contrat et doivent interrompre leur cursus : ils pourraient désormais rattraper les acquis qui leur manquent grâce au regroupement des compétences en modules.

Faciliter l’entrée sur le marché du travail

L’un des objectifs affichés de la réforme est de faciliter l’entrée des jeunes sur le marché du travail. C’est en tous cas ce qu’a affirmé Myriam El Khomri, venue défendre son projet dans l’émission de France 2 "Les 4 Vérités", le 3 mars dernier : « Cette loi est faite pour que les jeunes […] puissent rentrer plus facilement sur le marché du travail en étant en CDI ». Dans cette perspective, la loi prévoit de généraliser la garantie jeunes à toute la France. Ce dispositif, encore expérimental, permet l’accompagnement de jeunes de 18 à 25 ans en situation précaire (notamment ceux qui sortent de leurs études et ne trouvent pas de travail). L’accompagnement se fait alors par le biais des missions locales, qui aident à la recherche de stages ou d’emplois, mais il est également financier, puisqu’une aide équivalente au RSA est versée au bénéficiaire. La garantie jeunes, jusqu’alors sélective sur dossier, pourrait se voir ouverte à tous les jeunes répondant aux critères.

Par ailleurs, les syndicats étudiants ont obtenu du gouvernement le prolongement des bourses après l’obtention du diplôme, ce qui était une des revendications majeures de l’Unef. Un élève boursier bénéficiera donc, quelques mois après la fin de ses études, de cette « aide à la recherche du premier emploi », à condition qu’il s’inscrive à Pôle Emploi.

Des jeunes inquiets pour leur avenir

Malgré ces propositions qui se veulent en faveur des jeunes, les lycéens et étudiants restent inquiets, comme le prouvent leur forte mobilisation. Ils sont notamment préoccupés par les mesures touchant les salariés (sur les heures supplémentaires, les licenciements économiques…), se sentant menacés par la précarité dans leur avenir proche. La loi « aura des conséquences pour chacun d’entre nous. Les jeunes seront les premières victimes de cette précarisation de l’emploi », déplore William Martinet, président de l’Unef. Bernard Spitz, auteur de On achève bien les jeunes, comprend cette inquiétude : « Ils ont des tas de raisons d’en vouloir à la société car jamais l’accès à l’emploi n’a été aussi difficile, même pour un stage. On ne leur laisse le choix en France qu’entre la révolte, la résignation ou l’exil à l’étranger ». Guy Friedmann, sociologue, parle lui d’un « sentiment d’instabilité » et estime qu’un CDI sera perçu pendant plusieurs mois comme une période d’essai. En bref, les jeunes peinent à trouver leurs repères dans un monde du travail de plus en plus précaire.


Pas sûr que les négociations engagées autour du projet de loi n’apaisent réellement les inquiétudes des jeunes quant à leur avenir professionnel, même si 54% d’entre eux se disent être optimistes pour leur futur.

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