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Syndicalisme : le paradoxe français*Louise Bigot

Entre manifestations, négociations parfois musclées avec le patronat et autres actions en tout genre, les syndicats semblent être partout. A tel point qu'on en oublie qu'ils ne représentent que 7 % des salariés français, un des chiffres les plus bas de l'OCDE. Pourquoi un tel paradoxe ? Entre un désamour de plus en plus prononcé des travailleurs et le spectre de la politisation omniprésent, le modèle syndical français semble bien mal en point.

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Pourquoi si peu de salariés syndiqués ?

7 % de salariés syndiqués en France contre 17 % en moyenne dans les autres pays de l'OCDE. Des chiffres qui révèlent une réalité parfois ignorée : le désintérêt des français pour le syndicalisme. Pourtant, les manifestations rassemblent toujours. Face aux effectifs en berne et aux cheveux grisonnants des salariés syndiqués, un militant CGT affirme que « les gens réagissent, mais trop tard ». Le désintérêt des français, et particulièrement des jeunes, pour la politique se traduirait-il également par un refus de se syndiquer ? Entre 1980 et 2012, le taux de syndicalisation est passé de 18 à 8 %. Une évolution à la baisse qui se retrouve dans les chiffres de l'abstention aux élections locales, où la participation a diminué de plus de 30 %. Le manque de confiance dans les institutions politiques traduirait-il également un manque de confiance dans les institutions syndicales ?

Plus concrètement, des raisons tout simplement professionnelles poussent les salariés à ne pas franchir le pas. Dans son premier rapport, l'Observatoire de la répression et de la discrimination syndicale dénonce une liberté syndicale mise à mal dans de nombreuses entreprises. Des harcèlements jusqu'aux licenciements en passant par la difficulté de retrouver un emploi pour un salarié syndiqué, des témoignages récoltés par l'Observatoire semblent affirmer cette tendance qui n'incite pas les employés à rejoindre une organisation syndicale.

Des salariés et des syndicats aux objectifs différents ?

Composant essentiel de la démocratie et du dialogue social, le droit syndical remonte à l'âge industriel. Autorisé en 1884, il est aujourd'hui inscrit dans les mœurs. Aujourd'hui, face à la politisation des organisations syndicales, qui défendent à tout prix un conservatisme social quitte à faire disparaître des emplois, on remet en question leur légitimité, d'autant plus que des désaccords entre salariés et syndicats apparaissent Aussi paradoxale qu'elle semble l'être, cette phrase n'est aujourd'hui plus un oxymore. A Roscoff, au sein de la Brittany Ferries, compagnie maritime qui emploie plus de 3000 personnes, les salariés exhortent leurs syndicats à signer un accord sur le temps de travail que ceux-ci refusent, au risque que l'entreprise soit rachetée, avec une possible restructuration à la clé.

Ici on tourne pourtant en rond. Si les salariés veulent défendre personnellement leurs intérêts, pourquoi ne sont-ils pas syndiqués ? Du côté des salariés, une autre question se pose. Comment se fait-il que des syndicats presque absents, qui ne représentent que 5 % des effectifs dans le privé, puissent décider du destin des autres salariés ? La défense des acquis à tout prix, indépendamment d'une situation économique déprimée, se fait souvent aux dépens des salariés. Malgré des raisons politiques qui peuvent sembler évidentes, il faut aussi prendre en considération le décalage générationnel. Les délégués syndicaux ont en majorité commencer à travailler dans une conjoncture plus favorable où de telles mesures étaient impensables. La jeune génération de travailleurs, peu syndiquée mais davantage consciente des difficultés du marché du travail actuel, a ici un important travail à accomplir, en faisant déjà prendre conscience à leurs délégués de la gravité de la situation actuelle mais aussi en se syndiquant pour faire entendre leurs voix.

Quelle place pour les syndicats face aux nouvelles formes de contestation ?

Aujourd'hui les syndicats restent une composante essentielle du dialogue social. Pourtant, leur perte de vitesse est à la fois un danger pour la cohésion sociale mais marque aussi l'émergence de nouvelles formes de contestation.

La loi Travail, ardemment combattue par les organisations syndicales, défend la flexisécurité, une plus grande facilité de licenciements, largement appliquée dans les pays nordiques où plus de 70 % des salariés sont syndiqués ! Ici le serpent se mord la queue. Pour qu'un système comme celui proposé par la Loi El Khomri fonctionne, il faut avant tout que les organisations syndicales soient puissantes et rassemblent les salariés. Impossible aujourd'hui, d'autant plus que les jeunes se tournent davantage vers des mouvements de contestation créés à l'insu des organisations syndicales, comme le mouvement des bonnets rouges ou encore Nuit debout. Malgré le combat commun des syndicats et du mouvement Nuit Debout contre la Loi Travail, les objectifs sont différents. Alors que les organisations syndicales manifestent pour le retrait pure et simple de la Loi, Nuit Debout se veut être un lieu de discussion pour renouveler la démocratie.

Ces nouvelles formes de contestation sont pourtant loin de remplacer un syndicalisme même vieillissant. Le mouvement Nuit Debout le montre bien: pas de réelle organisation, pas de hiérarchie, rien qui puisse pour l'instant réellement déboucher sur des propositions concrètes. Derrière la figure du syndicalisme engagé, en tête de file lors des manifestations, il ne faut pourtant pas oublier qu'un syndicat doit avant tout représenter les salariés devant le patronat et défendre leurs intérêts, voter les conventions collectives… Impossible donc d'imaginer un seul instant la disparition des syndicats.

2 commentaires:

  1. très bon papier! de mieux en mieux chez modern paper. J'espère que vous préparé de bonne idée pour la rentrée :)

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  2. Tu t'es inspiré de ton cours d'SES pour ce papier ? ;-)

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