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Brexit : séisme politique ou chance pour l'Europe ?*Louise Bigot

Vendredi 23 juin, les britanniques ont voté pour un référendum historique : quitter ou non l'Europe. Le oui l'a finalement emporté avec 52 %, entraînant aussitôt une panique financière et politique. Quelles sont les réelles conséquences politiques du Brexit pour le Royaume-Uni ? Pour le reste de l'Europe ?

Crédit image : AFP/Adrian Dennis

Au Royaume-Uni 

L'annonce du Brexit vendredi matin a fait trembler les murs du 10 Downing Street, la résidence londonienne du Premier Ministre David Cameron. Celui qui est à l'origine du référendum mais qui avait défendu coûte que coûte le non a annoncé le 24 juin sa démission : de nouvelles élections auront lieu et Boris Johnson, l'ancien maire de Londres, porte-parole de la campagne pro-Brexit, serait déjà favori. Une tempête politique en perspective, qui atteste du recul des partis traditionnels dans toute l'Europe. Un séisme politique qui ne semble pas devoir se limiter à la démission de David Cameron : les résultats, en faveur du « remain » en Écosse et en Irlande du Nord pose une nouvelle fois la question de l'indépendance de ces états qui composent le Royaume-Uni. La première ministre écossaise Nicola Sturgeon a déjà fait savoir qu'un second référendum à propos de l'indépendance de l’Écosse, où 62 % des électeurs ont voté contre le Brexit, est « sur la table ».

Alors que Boris Thompson parle de ce jour comme de l' « Independance day » britannique, d'autres le voient comme une des dernières tentatives pour le Royaume-Uni de retrouver sa grandeur passée, protégée de la migration intraeuropéenne et des directives de Bruxelles. Tentative veine pour la majorité de la jeunesse britannique qui a voté à 75% en faveur du « remain ». Sur les réseaux sociaux, ils dénoncent la frange âgée de la population britannique qui a profité de l'Europe avant de décider d'en sortir aux frais de la jeune génération. Le Brexit, synonyme d'une fracture sociale ?

Dans le reste de l'Union européenne

« Un danger immense » annoncé par François Hollande, « un choc historique » pour Alain Juppé,  « une mauvaise journée pour l'Europe » selon le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel… En effet, si le Brexit remet en cause l'unité du Royaume-Uni, c'est surtout celle de l'Europe qui est aujourd'hui au cœur des débats. Les réactions des différentes personnalités politiques sont toutes unanimes : un débat voire une refondation de l'Europe est désormais vitale. Le risque d'un effondrement de l'Europe, jamais aussi proche, serait-il enfin pris au sérieux ? C'est ce qu'affirme nombre de politiques, comme Manuel Valls qui avoue que le Brexit est « révélateur d'un malaise trop longtemps ignoré ».

Un malaise sur lequel les partis eurosceptiques ont construit leur popularité Pour Marine Le Pen, le Brexit est la concrétisation d'une de ses promesses phare : elle appelle à organiser « le même référendum en France et dans les pays de l'UE », tout comme l'ont aussi fait des représentants danois, néerlandais et polonais entre autres. En Pologne, où la droite conservatrice a remporté les élections législatives en novembre 2015, la même tendance eurosceptique a gagné les rangs du gouvernement et de la population. Le Brexit, un « accélérateur d'histoire » ? C'est surtout le signal d'alarme à ne pas rater pour l'Union Européenne, celui de se réformer pour mettre fin à la défiance qui progresse dans les pays membres.

Un regain de démocratie ?

Le Brexit, « une victoire de la liberté » pour Marine Le Pen, dénonce une UE anti-démocratique qui ne tiendrait plus compte des peuples. « L'UE n'écoute vraiment un peuple que lorsqu'il dit non » déclare Boris Johnson. L'UE, vue par de plus en plus d'européens comme une instance supranationale qui dicte aux pays membres leurs faits et gestes, voit apparaître une nouvelle variable, le peuple. Mais le Brexit, c'est aussi à l'échelle européenne un nouvel indice du déclin généralisé des partis traditionnels. Ukip, parti pro-brexit qui vient contrer le bipartisme anglais est aux portes du pouvoir, tout comme Podemos, parti espagnol de gauche également eurosceptique dont les membres sont issus de la société civile. Une nouvelle donne qui doit interroger l'Union Européenne tout comme ses pays membres.

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