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L'Édito politique #85 : Politiser le sacré, l'erreur du camp progressiste*Théo Moy, chef du service politique

Il y a quelque temps, le Hijab Day était organisé à Sciences Po et faisait polémique. Les étudiants de cette noble institution étaient invités, le temps d'une journée, à porter le voile islamique pour se mettre dans la peau de la musulmane voilée au quotidien, dans ses déplacements dans l'espace public. Il y a quelques jours, un parlementaire canadien libéral annonçait que, bien que non musulman, il observerait le jeûne durant le Ramadan. Ovationné par le parlement canadien, les images de son discours comptabilisent aujourd'hui des centaines des milliers de clics. S'il présente cette action comme étant de charité envers une association, il l'effectue tout de même dans le cadre d'une pratique sacrée de l'Islam. Toujours au Canada, le tonitruant et tout aussi libéral Justin Trudeau a lui aussi provoqué clics et débat en célébrant le premier jour du Ramadan avec ses contributeurs musulmans.

Ces divers évènements très politiques et médiatiques pourraient avoir de quoi nous réjouir, et nous pourrions voir en eux des gestes sympathiques à l'encontre d'une communauté fracturée et en proie, dans nos sociétés modernes, à des maux tels l'exclusion, la discrimination et pour certains de ses membres les tentations radicales. Mais ce serait oublier qu'une religion n'est pas qu'une culture que l'on peut partager, mais avant tout une foi, une expérience personnelle du sacré. Porter le voile alors que l'on ne croit pas, ce n'est pas rendre service aux musulmanes dont ce port est un choix de foi, mais désacraliser ce symbole religieux, et le ramener à sa condition de bout de tissu politique. Il en va de même pour le Ramadan, qui est un cheminement de foi avant d'être une privation de nourriture, et ramener le jeûne à une simple privation de nourriture c'est dévoyer le sens véritable de cette pratique religieuse.

Cette appropriation éminemment politique des signes et attitudes religieux par des non croyants est dérangeante comme alarmante. Car dans une société diverse, la neutralité du politique est nécessaire. Dans l'école française de formation des dirigeants de demain comme au plus haut de l'Etat canadien, ces pratiques politiques sont gênantes. Au Canada parce que son histoire implique, malgré un vide constitutionnel, que l'impartialité de l'Etat doit être absolue, et en France parce que c'est un pays laïque.

Politiser le sacré en le désacralisant, voilà une grossière erreur que nos dirigeants et futurs dirigeants devraient tâcher de ne reproduire

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