. Modern-Paper, le plus de l'info: Oz ta droite : qui veut de Robert Ménard ?*Louise Bigot

Oz ta droite : qui veut de Robert Ménard ?*Louise Bigot

« Nous pouvons travailler ensemble avec des sensibilités différentes. » Voilà le maître mot de Robert Ménard, maire de Béziers proche du FN lors du lancement du mouvement Oz ta droite. La liste des personnalités présentes au rassemblement qui s'est tenu le dernier week-end de Mai à Béziers fait pourtant un autre effet . Alors que Nadine Morano ou Nicolas Dupont-Aignan ont décliné l'invitation, les figures du FN étaient, elles, bien présentes. Seuls Xavier Lemoine et Jean-Frédéric Poisson ont représenté une droite moins dure. Petite réunion entre hauts placés du FN pour redonner de l'élan à un parti déçu après les régionales ou réelle alternative ? Le temps des scissions serait-il aussi arrivé au Front National ?

Robert Ménard, invité de l'émission Mots Croisés sur France 2.

Un schisme au FN ?

Après la déception des élections régionales où le FN, en tête dans 5 régions, n'en a au final raflé aucune, les vieux démons du parti resurgissent. Qui ne se souvient pas des présidentielles de 2002 où Jean-Marie Le Pen s'était hissé au second tour pour être ensuite battu à plate couture par Jacques Chirac ? Certains invoquent comme une malédiction le « plafond de verre » qui empêcherait les candidats du Front National de mobiliser assez de Français en leur faveur pour être élus. Face à cette ambiance morose, le conflit entre le fondateur du parti, Jean-Marie Le Pen, et sa fille qui a repris les rênes du FN depuis 2011, interroge sur la ligne idéologique du parti. Entre la logique de dédiabolisation, résolument populiste, et la défense des idées fondatrices du FN, ce sont deux conceptions totalement différentes qui s'opposent. « Oz ta droite » serait-il le dernier né du schisme qui s'opère ? Rien que le nom du mouvement lancé par Robert Ménard jette le flou sur ses intentions. « Oz ta droite » se réclame-t-il du FN ou d'une droite plus libérale, moins sociale, à l'image de la ligne des Républicains ?

Les propositions énoncées par Robert Ménard à l'attention du futur président de la République restent tout de même dans une ligne bien lepéniste, que ce soit à propos de l'immigration, de la défense identitaire ou encore de l'Europe. Une inspiration dont Robert Ménard se défend : Oz ta droite ne sera pas le marche pied du FN. Il n'en fallait pas plus à Marion Maréchal Le Pen pour quitter prématurément Béziers. Malgré des positions parfois divergentes, la nièce de Marine Le Pen semble défendre sa tante coûte que coûte face à celui qu'elle considère comme un traître. Une trahison que celui réfute de suite en se défendant de vouloir faire concurrence à Marine Le Pen. Le jeu de Robert Ménard reste plus qu’ambigu : s'il n'est pas membre du FN, le maire de Béziers reste conscient qu'il n'a aucun poids politique sans le parti d'extrême droite.

Un mouvement opportuniste ?

Alors que Robert Ménard veut prouver que la gauche n'a pas le monopole des mouvements politiques, il lance aussi un appel au rassemblement de toutes les droites derrière une « bataille culturelle » commune. Ni de droite ni d'extrême droite donc ? Drôle de rhétorique venant de la bouche d'un homme qui se réclame d'une extrême droite en lutte contre l'UMPS… Plagié sur « En Marche », le mouvement « ni de gauche ni de droite » d'Emmanuel Macron ? Pour Robert Ménard, qui est persuadé que le futur chef de l’État sera de droite, c'est avant tout un moyen de redéfinir la droite et de proposer aux candidats de droite une cinquantaine de propositions. Est-ce une manière de dédiaboliser le FN en forçant une alliance avec la droite, inenvisageable jusqu'alors ? Robert Ménard cherche-t-il à faire une place au FN voire à se faire une place dans un futur gouvernement de droite ? Le maire de Béziers cherche-t-il à s'émanciper du FN ?


Pour le maire de Béziers, un rapprochement est essentiel. Résumé en une phrase, « sans le FN nos idées ne gagneraient pas, mais sans nos idées le FN ne gagnera pas », son initiative est aussi osée qu'utopique. Peut-on réellement croire que des candidats de droite se risqueront à se lier à un mouvement connoté extrême droite, au risque de perdre des électeurs centristes qui préféreront voter pour la gauche ? Même si des voies du FN pourraient se reporter sur des candidats de droite, des divergences majeures sont toujours là. Quand les candidats à la primaire des républicains défendent tous une politique économique libérale, Marine Le Pen garde une vision très étatiste de l'économie. Sa position tranchée sur l'Europe, même si certains à droite la reprenne à mi-mots, est loin d'être partagée par les candidats Républicains. Plus que des sensibilités différentes, ce sont des conceptions différentes qui s'opposent ici. Sans doute qu'un tel mouvement pourrait plus facilement rassembler gauche et droite que droite et extrême droite...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire