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Semaine spéciale « Moi Président » : L'Édito éco "Bilan économique, ça pourrait aller mieux"*Antoine Desachy

Quelle que soit la vision de chacun sur le bilan économique de François Hollande, une chose est sûre : c’est un bilan qui passionne et ne cesse de diviser la sphère politique. En effet, après quatre ans à l’Élysée et à un an de la prochaine élection présidentielle, l’heure de la rétrospective est arrivée. S’il est jugé très négativement par l’ensemble des français (pour 81% des français, le bilan économique de François Hollande est négatif selon un sondage BVA) et par la quasi totalité de l’opposition, François Hollande semble satisfait puisque, selon lui, « ça va mieux ». Décryptage des chiffres mis en avant.

Crédit image : AFP/Alain Jocard

« Ça va (un peu) mieux »

La fin du mandat de François Hollande est marquée par une reprise, certes peu vigoureuse, mais bien présente. N’en déplaisent aux détracteurs de François Hollande, la croissance a bien repris (+1,5% selon le FMI pour 2016) et le chômage s’est enfin mis à baisser (-1,1% toutes catégories confondues sur les trois derniers mois). De même, l’investissement a enfin repris, avec une hausse de 2,4% de l’investissement des entreprises au premier trimestre 2016 et un moral des ménages à son plus haut niveau depuis 2007 (indice de 98 en mai 2016). Tous ces chiffres pourraient nous laisser croire qu’effectivement « ça va mieux », pourtant ce redémarrage cache des réalités moins glorieuses : François Hollande a été incapable de respecter son engagement de réduction du déficit public à 3% du PIB dès 2013 et encore moins d’être en excédent pour 2017. Au contraire, le déficit public a atteint 3,5% du PIB en 2015 et la dette a cru de 226,8 milliards d’euros pour atteindre 95,7% du PIB fin 2015. Si certains se réjouissent en affirmant (avec raison) que le déficit public est bien moins élevé que sous le mandat de Nicolas Sarkozy (-5,1% en 2011), cette réduction du déficit s’est faite en parallèle avec une augmentation des prélèvements obligatoires : ceux-ci sont passés de 42,6% du PIB en 2011 à 44,7% en 2015.

Docteur Hollande aux petits soins de son électorat

La promesse d’un budget excédentaire en 2017 semble d’autant plus éloignée qu’Hollande multiplie les cadeaux de fin de mandat : revalorisation du salaire des enseignant, relèvement du point d’indice des fonctionnaires, abandon d’un milliard d’euros de baisse des dotations aux communes, etc. Par ailleurs, si de manière agrégée les impôts ont augmenté au cours du quinquennat, Manuel Valls a plusieurs fois rappelé très fièrement à l’Assemblée Nationale que plus des 2/3 des ménages, soit 12 millions avaient vu leurs impôts baisser, pendant que 8 millions de ménages, soit la moitié des ménages français, ne payaient carrément plus d’impôts sur le revenu. Conséquence logique : les plus aisés (mise en place d'une tranche supplémentaire de 45% sur les revenus supérieurs à 150 000 euros par part), mais aussi la classe moyenne supérieure ont vu leurs impôts multipliés par deux d’une année sur l’autre, représentant un surcout soudain de plusieurs milliers d’euros pour toute la moitié supérieure de la classe moyenne.

Un match presque nul

On le voit donc, le bilan économique de François Hollande est sujet à débats. Certes la croissance est revenue et le chômage commence à baisser, mais ce dernier a auparavant atteint un pic jamais égalé et le budget des administrations publiques est toujours dans le rouge. Certes les inégalités ont baissé grâce au rééquilibrage par l’impôt mais au coût d’un lourd matraquage fiscal sur un tiers des ménages, pas forcément tous milliardaires. Qu’en est-il cependant de la comparaison avec le bilan économique de Nicolas Sarkozy ? Globalement, c’est un match très serré remporté de peu par François Hollande. Sur le chômage, catégories A, B et C confondues, les deux sont à égalité presque parfaite, avec + 1 123 800 chômeurs entre 2007 et 2012 pour Nicolas Sarkozy et + 1 039 100 entre 2012 et 2016 pour François Hollande. Niveau croissance, Nicolas Sarkozy affiche une croissance cumulée de +2,6% sur toute la durée de son mandat, tandis que la croissance cumulée entre le premier janvier 2012 et le premier janvier 2016 est de +3,19%. Sur les banques publiques, François Hollande se targue de la création de la BPI, la Banque Publique d’Investissement, qui pourtant a repris plus ou moins les bases du Fonds Stratégique d’Investissement créé par son successeur. Nicolas Sarkozy est cependant largement distancé sur le champ de la dette publique : elle a augmenté de plus de 606 milliards entre 2007 et 2012, contre seulement 226 milliards pour Hollande au premier janvier 2016. Au niveau des ménages, la pauvreté (moins de 50% du revenu médian) a fortement augmenté sous Nicolas Sarkozy, avec presqu’un million de pauvres en plus, mais a légèrement baissé sous François Hollande, avec une baisse de 300 000 personnes durant l’année 2013 (chiffre le plus récent de l’INSEE). Cependant, sur le revenu disponible brut des ménages, Nicolas Sarkozy est très loin devant : +7,74% contre +2,56% pour son successeur. Enfin, c’est encore un match nul sur le terrain des entreprises : si sous François Hollande le taux de marge des entreprises a repris des couleurs (37,5% fin 2015 contre 36,5% en 2012), Nicolas Sarkozy reste le champion des créations d’entreprises avec une hausse de +68,8% au cours de son mandat, niveau que François Hollande n’a pas su maintenir puisqu’entre 2012 et 2015 le nombre d’entreprises créées a baissé de 4,53%.

Dépasser le bilan

Au final, il convient donc de dépassionner le bilan de François Hollande. Il est certes très loin d’être bon, mais la France reste en meilleure santé économique en 2016 qu’en 2012. La seule conclusion dépassionnée qu’il est ainsi permis de faire est qu’il reste à la France encore beaucoup de réformes et d’efforts à faire pour s’émanciper de ses faiblesses structurelles et tourner définitivement la page à la (longue) crise que nous subissons depuis bientôt 10 ans. Tous les indicateurs ne sont pas encore revenus au vert, à commencer par l’inflation qui reste atone depuis plusieurs mois. En aucun cas, les détracteurs de François Hollande, ni même ses partisans, ne doivent s’enfermer dans une critique ou un éloge puérils de son bilan lors de la campagne pour 2017 : qui critique doit aussi savoir proposer. Il en va de la santé économique de la France.

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