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Du sable dans les pages #2 : Serge Joncour et Sylvain Tesson*Quentin Perissinotto

Lorsque les beaux jours arrivent et que les vacances se préparent, toute personne sensée prévoit de la crème solaire, des lunettes, pourquoi pas un chapeau. Mais ce que les gens n’oublient que peu dans leurs bagages, ce sont aussi les livres. Comme les cocktails, on n’en trouve de toutes les couleurs, des plus ou moins amers, plus ou moins frais, plus ou moins digestes. Ainsi, nous avons pensé à lancer une nouvelle chronique estivale et hebdomadaire, non pas qui aurait vocation à définir ce qu’est ou non un bon livre, mais qui se veut plutôt un éclairage littéraire, une malle à idées, où l’on pourrait piocher une ou deux idées de lectures, estivales ou non.



« L'Écrivain national » – Serge Joncour

Ecrire sur sa propre profession, sa propre pratique est devenu monnaie courante chez les auteurs. Dicker nous a proposé un écrivain superstar, Foenkinos dans son dernier roman un écrivain brumeux, Henri Miller dans Crazy Cock un looser incapable de publier quoi que ce soit. Et la liste pourrait encore s’allonger à loisir. Mais avec ce roman, Joncour s’écarte de toute dimension métatextuelle ; son personnage n’est rien de plus qu’un bonhomme s’en allant à la campagne, contraint par la force des choses. Qu’il soit écrivain, boulanger ou secrétaire ne change rien à sa consistance : il est désillusionné, brouillon, maladroit, simple, bon vivant, attachant. Joncour a cette capacité-là à nous faire rentrer dans un quotidien sans relief, dans un petit village de campagne qui semble s’être arrêté le temps du passage de cet écrivain de fortune. Mais que les autorités ont eu bon cœur d’inviter, pour animer la vie culturelle de cette calme bourgade. Joncour se joue de l’écriture, cet écrivain national est malmené par les différents personnages, et il porte lui-même une lucidité acide sur son sort. Il ne fait pas grand-chose en somme. Personne ne le connait. L’humour qui saupoudre autant les dialogues que les considérations du narrateur transforme ce récit assez plat en quelque chose d’une extrême vitalité. Ce n’est jamais une démonstration d’humour, mais un voile qui enveloppe la narration, la rend plus cocasse, moins froide. L’Ecrivain national est d’une légèreté rafraichissante, mais non pas superficiel.




« L’angoisse du paradis » – Yann Fortier

L’été est le moment idéal pour faire des nouvelles rencontres, avec qui organiser un barbecue par la suite. Mais c’est également le moment idéal pour de nouvelles rencontres littéraires. Et plutôt que de se tourner vers les sempiternels auteurs estivaux, légers, comme Foenkinos, Gavalda, Delerm et consorts, passons l’Atlantique et regardons ce que nous réserve Québec. Pour le lecteur assidu et habitué des maisons d’édition françaises, la première surprise se situe au niveau du design : que ça fait du bien d’avoir un peu de nouveauté en mains ! Déjà le format est inhabituel (il ressemble un peu aux Actes Sud mais en plus petit) et les tons pétillants. Ce qui préfigure un récit détonnant, et cela ne manque pas : il s’agit d’une histoire rocambolesque, loufoque, qui voit Ivan Zolotov quitter son Gorki natal pour suivre le Cirque Volant entre Lyon et Montreux, puis aller à Cuba, et enseigner à Barcelone. Toutes ses pérégrinations sont émaillées d’épisodes surréalistes, drolatiques voire empreints de magie parfois. Mais si le cocktail semble d’emblée détonnant, la progression narrative se fait quelque peu poussive, s’engluant dans l’accumulation de scènes loufoques, trop loufoques. Le surdosage d’adjectifs et d’adverbes donne un côté spectaculaire qui finit par déranger, car on y perd la vue d’ensemble du roman. Comme si l’on assistait finalement à un empilage de scènes humoristiques, sans réelle perspective globale, sans cohérence. Cependant c’est un livre qui plaira à coup sûr aux amateurs de romans décalés, qui préfèrent l’absurde à une trame narrative plus guidée. Peut-être un livre à voir comme une longue succession d’anecdotes. Pour ne pas se prendre au sérieux l’été !




L’Ecrivain national – 2015
Serge Joncour
J’ai Lu
380 p.
8 €
ISBN : 978-2290108192

Dans les forêts de Sibérie – 2011
Sylvain Tesson
Folio
294 p.
7.70 €
ISBN : 978-2072483998

S’abandonner à vivre – 2015
Sylvain Tesson
Folio
256 p.
7.70 €
978-2070463398

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