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Michel Rocard et réalisme politique*Théo Moy, chef du service politique

L’on a appris le 2 juillet 2016 le décès de Michel Rocard, figure du socialisme français et Premier ministre sous François Mitterrand ; retour sur la vie d’un grand réaliste.

Crédit image : L'EXPRESS/Derrick Ceyrac

Michel Rocard, fils de Résistant, n’était peut-être pas destiné à la politique. Son père, en tout cas, le voyait scientifique, comme lui, et c’est en travaillant dans un laboratoire de l’ENS pour financer ses études qu’il est initié au socialisme. Pourtant, sa réussite en hypokhâgne le mène naturellement vers Sciences Po, où il rencontre Jacques Chirac en 1957. Entré aux jeunesses de la SFIO en raison de son attachement à l’idée Européenne, il se distancie de Guy Mollet et des siens à cause de son désaccord avec le discours de la SFIO sur deux sujets majeurs : la position face à la guerre d’Algérie et le soutien à De Gaulle. C’est pour ces mêmes raisons qu’il adhère en 1958 au Parti socialiste autonome puis au Parti socialiste unifié en 1960. De ses premières années de militantisme, il faut retenir l’attachement à la figure de Pierre Mendès France.

Cadre du PSU, il exerce plusieurs responsabilités comme inspecteur des finances avant de se présenter aux élections présidentielles de 1969. Il n’obtient que 3,5% des suffrages mais devient rapidement député des Yvelines. Alors que le PSU refuse de se rattacher au Parti socialiste, il le quitte pour entrer en 1974 au PS, où il prend rapidement du jalon, jusqu’à devenir Premier ministre de François Mitterrand en 1988. Ces deux hommes-là ne s’aiment guère, Rocard a abandonné en 1980 sa candidature pour les présidentielles de 1981 au profit de Mitterrand mais cela n’a pas adouci leur rivalité. Après sa démission du poste de Premier ministre en 1993, il a été premier secrétaire du Parti Socialiste puis très impliqué dans l’Union européenne. Pour beaucoup, à gauche comme à droite, sa carrière est un gâchis tant il avait la carrure d’un chef d’Etat. Et ce n’est pas pour rien que ce samedi 2 juillet encore Manuel Valls revendiquait l’héritage rocardien.

Michel Rocard sut incarner une ligne certes socialiste mais aussi réaliste, il représentait ce que l’on appelle la « culture de gouvernement ». En cela, on peut comparer ses idées à celles des sociaux-démocrates allemands, dans leur opposition historique aux communistes. Réformiste, l’Etat avait selon sa vision politique un rôle primordial dans le nécessaire changement, quand un révolutionnaire souhaitait sa disparition. Il a pu mettre en œuvre cette vision du socialisme lorsqu’il était Premier ministre de François Mitterrand entre 1988 et 1991. C’est lui qui a mis en place le Revenu Minimum d’Insertion (RMI), l’ancêtre du RSA que l’on connaît aujourd’hui. Si elle est sa plus grande réforme économique, ce n’est pas l’action dont il était le plus fier. En effet, c’est de la signature en juin 1988 d’accords de Matignon pour l’autodétermination de la Nouvelle Calédonie qui pacifia l’île qu’il tirait la plus grande satisfaction.

Si Michel Rocard est mort hier, sa doctrine, le rocardisme, influence encore et influencera longtemps le socialisme français.

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