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Rio 2016 : France-USA en basket, l’analyse tactique*Clément Finot

Après une cinglante défaite en ouverture contre l’Australie, l’équipe de France a retrouvé ses fondamentaux et malgré un mauvais match contre la Serbie (remporté on ne sait pas encore comment 76-74), nos Bleus ont enchaîné avec trois succès de rang. Trois succès avant de rencontrer l’épouvantail de la poule, les Etats-Unis de Mike Krzyzewski. Une équipe de stars, ultra-favori de la compétition de basket. Comment s’en sont sortis nos Bleus, orphelins de Tony Parker touché à la cheville ? Entrons dans le cœur du sujet.

Crédit image : AFP/Philippe Huguen

Avant toute chose, petite précision sur le code couleur au niveau des flèches :



Des attaques en verve…

• L’isolation pour pick-and-roll, solution facile

L'un des systèmes les plus efficaces et simple a été a de multiples reprises utilisé par les deux équipes. L'isolation de deux joueurs pour un pick and roll. Rien de plus classique.



Au niveau de la ligne des lancers-francs, il y a une zone où le porteur de balle tergiverse. Donner la balle à l'intérieur qui plonge vers le cercle ? Faire un double-pas ? Shooter à mi-distance ? Quoi qu'il en soit, on voit bien ici que les trois joueurs non-concernés sont très larges sur les ailes, de façon à libérer le champ à l'attaquant, en l'occurrence De Colo.


Après l'écran, De Colo décide d'attaquer le panier puis donner la balle à Lauvergne, enroulant après son écran pour se mettre dans le sens du jeu. Lowry pris dans le block, il se retrouve en retard sur le porteur. Jordan, voyant cela, décide de lâcher le marquage sur le n°7 français pour aider son partenaire. Sur un dixième de seconde, il y a une passe courte simple à faire pour l'arrière. C'est juste une question de timing. Une fois la passe validée, les deux points sont acquis ou presque.



Exactement le même principe pour les Etats-Unis. L'isolation, le block, l'attaque. Mais là où la défense française a fait son travail c'est sur les ailes. Kahudi et Piétrus se détachent de leur attaquant pour se préparer à aider. D'ailleurs, Lowry (porteur de balle) choisit d'y aller seul et se heurte à trois joueurs. Perte de balle, contre-attaque française. En dehors de ce système traditionnel, la France a usé de nombreux systèmes, basés sur des écrans, coupes, etc. Nos Bleus ont eu un vrai jeu « à la serbe ». Du mouvement, des passes courtes et simples. Mais jouer simple, c'est compliqué. Pour preuve, la bande à TP a perdu sept ballons dans la seule première période (contre deux seulement pour les USA).

• Rester très large : la solution pour les USA

Pour optimiser leur jeu rapide et physique, les américains ont souvent opté pour le jeu avec deux arrières, deux ailiers. Une façon de jouer très large (voir photo) qui permet de faire presque systématiquement un jeu en Un contre Un. Des espaces à gauche, à droite, il y a matière pour des joueurs aussi créatifs que talentueux.


• Mais une équipe de franchise player

Si l’ensemble des 12 joueurs de Team USA ont un talent incontestable à leurs postes, il n’en demeure pas moins que l’équilibre manque peut-être d’un peu de cohérence. Notamment sur les postes des 1/2/3 (meneur, arrière, ailier). Un exemple explicite, le nombre de points marqués en saison régulière par huit joueurs de Team USA :


Huit joueurs sur douze dépassent le cap important des 20 pts/match en NBA. Tous, à l’exception de Klay Thompson, sont les meilleurs scoreurs de leur franchise. Ils ont même le rôle de « franchise player », ce sont eux qui ont le ballon dans les moments chauds, eux qui doivent débloquer des situations. C’est ce qu’explique très bien Charles Barkley. « Si vous enlevez DeAndre Jordan, tous les gars de cette équipe sont dominants avec le ballon. Si vous regardez ces joueurs – qui sont tous bons, attention – ils ont tous besoin du ballon. ». Carmelo Anthony remplit à merveille son rôle de patron. Mais les USA sont plus frêles quand l’ancien des Nuggets se retrouve sur le banc. Il manque peut-être un autre leader. Il est difficile pour n’importe quel coach, même pour Krzyzewski, de faire de joueurs finisseurs des joueurs ultra collectifs. Les joueurs ont leurs zones de confort, dans lesquels ils n’hésitent pas à dégainer si le défenseur est en retard d’un quart de seconde. DeRozan à mi-distance, Anthony à 45°, Thompson partout aux trois points, etc… Les joueurs cherchent leurs zones, c’est dans leur nature et on peut difficilement le leur reprocher. Mais parfois, au lieu de calmer le jeu et faire tourner, parfois, les américains partent un peu au casse-pipe. Exemple ci-dessous avec Kyrie Ivring qui part dans un Un contre Trois alors que ses collègues n’ont même pas passé la ligne médiane.


A qui la faute ? Probablement à Irving de ne pas avoir fait preuve d’assez de clairvoyance, lui qui a pourtant un œil exceptionnel. Mais la phase de transition défense/attaque des américains a été bien trop lente. Ils auraient pu offrir un soutien à Irving, laissé un peu seul. Heureusement pour les Américains, qui ont tout de même scoré 100 points contre la France, ils n’ont pas ce genre de problèmes à chaque action. Certains shoots sont pris bien trop rapidement mais il y a aussi eu des actions collectives de classe.

… Des défenses inconstantes

⁃ La zone 2-3 française bien contrée

Dans le cœur du deuxième quart-temps, Vincent Collet, sûrement mécontent de l'individuelle, décide de faire passer ses joueurs en zone 2-3. L'objectif, empêcher le meneur de jeu de passer trop facilement dans le centre du terrain. Mais aussi bloquer les transmissions de balle qui se font trop aisément. Il y a une zone dure dans cette défense (remplie en bleu) où la zone avant ne sait pas trop si elle doit défendre sur le porteur. Même interrogation pour la zone arrière. Et Carmelo Anthony s'est amusé à prendre ce rôle de fauteur de troubles.


Quand il n'est pas allé en tête de raquette, Anthony a apporté un supplément comme nous pouvons le voir ci-dessus. Klay Thompson attaque le panier côté ouvert et dans la fameuse zone, il voit démarqué et Anthony et Durant (ligne de fond). En servant le n°15 américain, ce dernier peut : prendre le tir, servir Durant (vu que Kahudi va venir sur lui) ou alors attaquer le cercle.


Ici, Anthony s'insère dans la zone de danger pour la France. Comme expliqué, quatre bons choix s'offrent à lui. Shooter ? Passer ? On ne pourra pas lui reprocher. Son placement est d'autant plus bon qu'il oblige Gobert à quitter son poste sous le panier pour monter sur le porteur de balle.



En 2 minutes 30 de zone, les USA ont inscrit huit points. Ils ont remarquablement su contrer l'idée de Collet pour relancer sa défense.

• L’individuelle française contrainte à beaucoup d’aide

L’homme à homme a été pratiqué pendant 37 minutes par les Bleus. Parfois avec brio. Des joueurs proches de leurs vis-à-vis, avec les bonnes attitudes défensives. Exemple ci-dessous avec Kim Tillie sur Draymond Green (en haut, avec le ballon), les pieds sur la ligne à trois points. Charles Kahudi (n°8) contrôle Paul George (trop loin pour un catch and shoot) et a une bonne vue sur le jeu. Lauvergne colle Jordan au poste. Diot a les yeux rivés sur Lowry, le seul joueur actif sur cette action. Enfin, Gelabale est en aide si jamais Green parvient à transpercer la défense. Le placement est respecté et d’ailleurs, les USA manquent complètement cette action. Green a pris un shoot forcé longue distance.



Par ailleurs, il n’y a pas eu que du bon dans cette défense française. Le montage suivant fait état d’un problème qui a parfois eu lieu pendant la rencontre : le repli défensif. Ici, nous avons quatre français les yeux posés sur le porteur de balle, Kyle Lowry. Ils oublient même de penser à leur adversaire direct, c’est notamment le cas de Rudy Gobert (quatrième bleu en partant de la gauche) qui zappe totalement DeAndre Jordan, parti vite vers le panier. Lowry voit son pivot partir et libère le ballon en première intention. Le mal est fait et le pivot des Clippers termine tranquillement par un énorme dunk.




Le repli défensif est primordial quand vous jouez les Etats-Unis. Plus physiques et plus rapides que vous, ils n’hésitent pas à vite monter la balle sur panier manqué pour surprendre l’adversaire et inscrire des « points cadeaux ». Remarquables joueurs de transition, les USA n’hésitent pas à user de cette face du jeu pour scorer et, aussi, fracasser le moral des opposants qui n’ont pas le temps de lutter.

Les Américains ont souvent évolué avec deux arrières, deux ailiers écartés. Avec pour objectif de donner un maximum de champ libre au porteur de balle pour attaquer le cercle. Il suffit que le possesseur passe et ça engendre aide, aide, aide. Autrement dit, un décalage monstre qui peut donner des mi-smash : en gros, un petit qui défend sur un grand. Il suffit de servir le grand et là, c’est total régal.

• Thompson : un problème mal géré

30 points à 7/13 derrière l’arc. L’arrière des Warriors a été insolant de réussite à trois points et a retrouvé une adresse portée disparue depuis le début du tournoi (seulement 2,8 pts de moyenne avant ce match !). Comme avec Golden State, il a été largement servi en sortie d’écran. Bien ou mal posé, cela crée un déséquilibre qui lui permet d’enchaîner et marquer.


Pire, l’arrière a parfois été oublié par la patrouille. C’est le cas sur cette capture ou Michael Gelabale opte pour un placement assez inédit. Venu en aide pour suppléer Gobert sur Jordan, le pivot venu en aide lui-même, il ne fait même pas le nécessaire pour gêner l’intérieur US. Il reste derrière,  comme si de rien n’était. Et son joueur, bras en l’air, n’en demandait pas tant. En faisant un pas latéral, il se trouvait dans un champ de passe évident pour Durant qui l’a servi sur un plateau. Pour un shooteur comme Thompson, c’est du pain béni.

Heureusement pour la France, l’un des splash brothers a croqué et a tenté quelques shoots improbables. Ratés. Donnant des possessions faciles.

• Une défense américaine parfois très « flex »

Tom Thibodeau a du grincer des dents. Le head coach de Minnesota, réputé comme un des meilleurs (voire le meilleur) entraîneur en ce qui concerne la défense, a pu voir ses protégés pas au mieux en défense. Alors oui, une photo n’est pas l’œuvre de toute la rencontre mais il y a eu plusieurs cas où la défense américaine s’est montré ultra passive. Plusieurs exemples ci-dessous :


Paul George oublie carrément de surveiller son joueur. Nando de Colo n’en demandait pas tant et s’est jeté dans la zone non-visible pour l’ailier des Pacers. Deux points offerts pour les Bleus.


DeAndre Jordan sous-estime sacrément le shoot de Lauvergne. Servi par Diaw, il se retrouve seul à la ligne des lancers-francs et inscrit deux points devant Jordan, se trouvant deux mètres plus loin.


Servi par Batum sur l'aile, Diaw a largement le temps de prendre un shoot à trois points vu la distance à laquelle Durant se trouve de lui. Mais le pivot d'Utah préfère attaquer. Parfois un peu passifs, les américains ont laissé les français attaquer sans opposer une résistance de tous les instants. Ça explique quelque part la perf' offensive française (97 points). Pour preuve, les Bleus ont inscrit plus de points contre les Etats-Unis que contre le Vénézuela (96 points). C'est pour dire...

Peut-être que les USA ne se sont pas donnés à 100%, c'est même très probable voire certain. Mais la France peut se targuer d'avoir joué les yeux dans les yeux avec les méga-favoris de la compétition. Sur un score final 100-97 et un buzzer d'Antoine Diot, les Bleus ont failli goûter à la victoire face à la Team USA, et ce sans Tony Parker. Avec une défense plus rigoureuse à certains moments, ils auraient accroché ce rêve d'un peu plus près. Klay Thompson en a bien profité pour scorer et planter 30 points. Le facteur X longue distance des EU a retrouvé la forme au meilleur moment, pour éviter à son pays un revers, qu'ils n'ont plus connu depuis 2008.

5 commentaires:

  1. Superbe article franchement. On voit que t'as passé du temps dessus! Bravo Clément et Modern Paper. J'espère que vous allez encore nous épater pour cette rentrée :D

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    1. Les montages vont se perfectionner avec le temps quand j'aurai pris en main de nouveaux logiciels comme PhotoShop. Là ça reste expérimental, mais oui je vais me remettre au travail sur les analyses tactiques, pourquoi pas sur la finale des JO en basket ? Merci à toi en tous cas ;). Clément

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  2. Bien cet article ! D'autres à venir ? :) Bonne vacances.

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  3. D'autres articles du genre ? Oui, je vais essayer. C'est très contraignant parce que c'est beaucoup de travail. Mais je vais sûrement faire la finale des JO. Merci, et bonnes vacances à toi aussi. Clément

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  4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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